Grande EnquêteLa grande dégringolade : comment la France a laissé couler son école
53 points perdus en mathématiques depuis 2003 — plus de deux années de classe, au repère de l'OCDE. Trois fois moins de très bons élèves. Un élève sur trois en difficulté en lecture, contre un sur sept en 2000. Ce n'est pas une crise de plus : c'est une chute de vingt ans, traversée par quarante ans de réformes, de budgets et d'arbitrages qui ne l'ont pas enrayée. Nous avons tout vérifié, document par document.
La version vidéo de cette enquête, publiée sur YouTube le 11 octobre 2026.Regarder sur YouTube
En 2003, la France faisait mieux que la moyenne des pays de l'OCDE en mathématiques : 511 points, contre 502. En 2025, elle est tombée à 458, et 19 pays de l'OCDE font désormais significativement mieux qu'elle. Les élèves évalués au printemps 2025 sont nés en 2009. À l'automne 2026, ce sont eux qui bloquent les lycées. Ils réclament des professeurs, des classes moins chargées, des locaux dignes, un Parcoursup moins brutal — et la plupart de ces revendications ont un chiffre en face. Nous les avons cherchés dans les publications de la DEPP, le service statistique du ministère, dans ses fichiers ouverts et dans les rapports de la Cour des comptes et du Parlement. Puis nous avons remonté le fil : qui a décidé quoi, depuis quarante ans, et ce qu'on a mesuré ensuite.
La chute de l'école française est globale et ancienne : vingt ans de baisse à PISA, plus d'élèves en difficulté, moins d'excellents élèves. En face, quarante ans de décisions publiques — réformes empilées puis corrigées, moyens déplacés d'un étage à l'autre plutôt qu'ajoutés, métier d'enseignant qui n'attire plus, mixité sociale laissée au privé sous contrat financé par l'État, sélection opaque à la sortie — ne l'ont pas enrayée. Aucune décision isolée n'explique la chute ; la plupart ont été prises alors que les courbes étaient publiques.
La France n'a jamais autant dépensé pour l'éducation (197,1 milliards d'euros), PISA baisse dans presque toute l'OCDE, les évaluations nationales de sixième progressent, et jamais autant de jeunes n'ont eu le bac. La colère lycéenne dit-elle vraiment quelque chose du système ?
En euros constants, la dépense moyenne pour un lycéen de la voie générale et technologique est passée de 13 930 € en 2010 à 12 660 € en 2023. Dans le même temps, celle d'un élève du primaire a augmenté de 23,2 %. Source : DEPP, RERS 2025, tableau 10.05.
Mille lycées en colère : ce qu'ils accusent
Avant de juger la colère, il faut savoir ce qu'elle demande — et ce que vaut chaque chiffre qui circule.
Tout commence le 17 septembre 2026 au lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne : des professeurs se mettent en grève parce que plusieurs postes ne sont pas pourvus ; le lendemain, des élèves bloquent l'établissement. En deux semaines, le mouvement gagne la Seine-Saint-Denis, puis tout le pays. Le 2 octobre, le ministère de l'Intérieur compte 1 027 lycées concernés sur environ 3 700. Le 6 octobre, il compte 256 000 manifestants ; les organisateurs en annoncent 450 000.
Les revendications se recoupent d'un lycée à l'autre : des professeurs en face des élèves et des remplaçants quand ils sont absents ; des classes moins chargées ; des personnels de vie scolaire et de santé ; des bâtiments réparés et supportables en cas de chaleur ; une réforme — ou l'abrogation — de Parcoursup ; moins d'écart entre les lycées de banlieue et ceux des centres-villes.
Nous ne jugeons ni le mouvement ni son maintien de l'ordre. Nous prenons chaque revendication mesurable et nous cherchons, dans les données publiques, si elle correspond à une réalité, à quelle échelle et depuis quand. Les chiffres du mouvement lui-même (lycées bloqués, manifestants) sont ceux des ministères ou des organisateurs, rapportés par la presse : nous les attribuons, nous ne les reprenons pas à notre compte.
Le ministère de l'Intérieur compte les établissements « concernés » (une action devant l'entrée suffit), « perturbés » ou « bloqués ». Le ministère de l'Éducation nationale publie ses propres bilans, souvent plus bas. Les organisations lycéennes, elles, annoncent des chiffres plus hauts. Aucun de ces décomptes n'est une statistique publique au sens strict.
Ils disent : plus de professeurs, plus d'argent, Parcoursup est une loterie, l'école s'effondre. Nous avons vérifié chaque phrase. Certaines sont vraies, une est à nuancer, une autre est en dessous de la vérité. Commençons par ceux qui ont décidé.
Quarante ans de décisions : qui a choisi quoi
Avant de juger, il faut savoir qui a décidé. Voici les choix publics qui ont façonné l'école de cette génération — avec, à chaque fois, ce qu'on en a mesuré ensuite.
Les lycéens qui bloquent leurs établissements à l'automne 2026 sont nés, pour les plus âgés, vers 2009. Ils sont entrés en CP en 2015 — deux ans avant le dédoublement des classes en éducation prioritaire, dont ils n'ont donc pas bénéficié. Ils étaient en CM2 lors du confinement de mars 2020. Ils sont arrivés dans un lycée réorganisé par la réforme de 2019. Et ils passent par Parcoursup. Chacune de ces étapes porte la trace d'une décision publique.
- 1981-1982 — les zones d'éducation prioritaires. Le ministère concentre des moyens sur les territoires où l'échec scolaire est le plus fort. À la rentrée 1982, elles couvrent 503 collèges, environ 10 % des collégiens (DEPP).
- 1999 et 2006 — les cartes se succèdent. Nouvelle carte et réseaux d'éducation prioritaire en 1999 ; en 2006, les « réseaux ambition réussite » font du collège l'unité de référence.
- 2014-2015 — la refondation. Une nouvelle carte, REP et REP+, est construite autour des collèges et de leur indice social. Les lycées sortent de l'éducation prioritaire. Leurs personnels gardent leurs avantages par une clause de sauvegarde, prolongée deux fois, qui prend fin le 31 août 2020, selon une réponse ministérielle publiée au Journal officiel.
- Janvier 2017 — une promesse. Devant le Sénat, la ministre de l'Éducation nationale affirme qu'il n'a « jamais été question » de sortir les lycées de l'éducation prioritaire, annonce 450 postes pour la rentrée et renvoie leur réforme au « prochain quinquennat », en rappelant que la refondation des écoles et collèges avait coûté 350 millions d'euros. Aucune carte des lycées prioritaires n'a été publiée depuis.
- 2017-2024 — le dédoublement. Les classes de CP puis de CE1 en REP+ et REP sont limitées à une douzaine d'élèves, puis la grande section. Coût, selon la Cour des comptes : près de 16 000 postes et environ 800 millions d'euros par an.
- 2018-2019 — Parcoursup puis la réforme du lycée. Deux réformes majeures, que le Sénat jugera « conçues en silo ».
- 2026 — le budget. Le projet de loi de finances supprime 4 018 postes d'enseignants, solde présenté comme une création nette une fois comptés les stagiaires.
Une évolution qui suit une décision n'est pas la preuve que la décision l'a causée. Quand une évaluation sérieuse existe — c'est le cas du dédoublement —, nous la citons. Quand elle n'existe pas — c'est le cas de la réforme du lycée ou de la sortie des lycées de l'éducation prioritaire —, nous le disons.
Ces choix ont un prix, et un ordre de priorité. Suivons l'argent.
Suivez l'argent : le lycée a payé la note
197,1 milliards d'euros, 6,8 % de la richesse nationale : la France dépense beaucoup. Mais où va l'argent ?
Depuis 2010, un lycéen coûte 9,1 % de moins, un écolier 23,2 % de plus
À partagerDEPP, Repères et références statistiques 2025, tableau 10.05 (public + privé, France ; 2023 provisoire). Euros constants : l'inflation est retirée, on compare ce que l'argent achète.
Un euro de 2010 n'achète pas la même chose qu'un euro de 2023 : les prix ont augmenté. Les euros constants corrigent l'inflation pour comparer des quantités réelles. Ici, toutes les dépenses sont exprimées « aux prix de 2023 ». La dépense intérieure d'éducation additionne tout ce que dépensent l'État, les collectivités, les familles et les entreprises pour l'éducation.
C'est l'un des chiffres clés de cette enquête. En euros constants, la dépense moyenne pour un élève du primaire est passée de 6 860 € en 2010 à 8 450 € en 2023 (+23,2 %). Celle d'un collégien est restée stable (10 090 € → 10 070 €). Celle d'un lycéen de la voie générale et technologique a reculé, de 13 930 € à 12 660 € (-9,1 %).
C'est un choix assumé. La DEPP écrit que le nombre d'élèves par enseignant dans le primaire « diminue en raison de la priorité donnée au primaire » : les classes de CP d'éducation prioritaire sont passées de 21,7 élèves en 2015 à 12,8 en 2024. Ce rattrapage était nécessaire — avec 18,1 élèves par enseignant dans l'élémentaire, la France reste loin de la moyenne de l'Union européenne (13,4). Mais au lycée, la tendance est inverse : 30,3 élèves par classe en moyenne en lycée général et technologique (25,8 au collège), un chiffre en hausse depuis 2007.
Et la démographie va peser. Le premier degré a perdu 9,2 % de ses élèves entre 2015 et 2025. Le budget 2026 supprime 4 018 postes d'enseignants (2 373 dans le premier degré, 1 645 dans le second), selon le Sénat — un solde présenté comme une création nette de postes une fois comptés les stagiaires et les accompagnants d'élèves handicapés.
Rapprocher la dépense et les résultats n'est pas démontrer un lien de cause à effet. Le recul de la dépense par lycéen coïncide avec la réforme du lycée et la baisse de PISA ; aucune évaluation publiée ne permet de dire quelle part de l'un explique l'autre.
Moins d'argent par lycéen, des classes plus pleines. Et pour les élèves les plus pauvres, une protection qui s'arrête à la porte du lycée.
L'éducation prioritaire : un filet qui s'arrête au collège
Les élèves les plus pauvres reçoivent plus de moyens — jusqu'à 15 ans. Ensuite, ils entrent au lycée comme tout le monde. Ou plutôt, pas tout à fait comme tout le monde.
C'est le résultat le plus solide de toute cette enquête, et il est positif : le dédoublement des CP fonctionne. Grâce à un groupe de comparaison, la DEPP a mesuré qu'il réduit de 38 % l'écart de résultats en mathématiques entre élèves de REP+ et élèves hors éducation prioritaire, et de 16 % en français. Mais la Cour des comptes constate qu'après le CP il n'y a « pas d'effet supplémentaire significatif ». À l'entrée en sixième, l'écart de français entre REP+ et collèges publics hors éducation prioritaire est de 32 points en 2024 — contre 35 en 2017 —, celui de mathématiques de 36 points, stable.
La carte, elle, n'a pas bougé depuis 2015. Le rapport de l'Assemblée nationale sur le dédoublement (juin 2025) relève que 745 écoles publiques très défavorisées (indice social inférieur à 80) sont hors de l'éducation prioritaire, quand 632 écoles plus favorisées (indice supérieur à 90) y figurent. Elle est aussi très urbaine : les territoires ruraux en difficulté en sont presque absents.
Après la 3e : 53 % des élèves de REP+ vont en seconde générale, contre 81 % dans le privé
À partagerÉlèves de 3e en 2022, situation à la rentrée 2023. DEPP, L'état de l'École 2025.
Puis vient la fin de la troisième, et le premier grand tri. Parmi les élèves de 3e en 2022, 53 % de ceux de REP+ sont entrés en seconde générale et technologique, 59 % en REP, 66 % dans le public hors éducation prioritaire et 81 % dans le privé. Les autres partent, pour l'essentiel, vers la voie professionnelle — celle où les acquis reculent le plus et où Parcoursup est le plus dur.
Aucune statistique publique ne suit, au lycée, les élèves venus de REP ou de REP+ : les évaluations de seconde sont classées par lycée, pas selon le collège d'origine. Ce suivi serait possible ; il n'est pas fait.
Les lycées les plus populaires sont publics à 97 %
À partagerCalcul FranceMetrics : 2 199 lycées, cinq groupes de même taille selon l'IPS de la voie générale et technologique (rentrée 2024-2025), croisés avec les indicateurs de résultats des lycées (IVAL, session 2025). Jeux ouverts du ministère.
Au lycée, la séparation est nette. Classons les 2 199 lycées généraux et technologiques en cinq groupes selon l'origine sociale de leurs élèves : le groupe le plus populaire compte 96,6 % de lycées publics, le plus favorisé 25,2 %. Le taux de mentions au bac passe de 46,8 % à 81,0 %. En voie professionnelle, l'écart est du même ordre : de 77,6 % de réussite au bac dans les lycées les plus populaires à 93,1 % dans les plus favorisés.
Et pourtant, voici la nuance qui change tout : la valeur ajoutée de ces lycées — l'écart entre leurs résultats et ceux qu'on attendrait au vu de leurs élèves — est proche de zéro dans tous les groupes. À élèves comparables, les lycées populaires ne font pas moins bien que les autres. Les écarts bruts tiennent surtout à qui y entre. Le problème n'est pas l'établissement : c'est le parcours qui y conduit.
Le ministère calcule, pour chaque lycée, le taux de réussite « attendu » compte tenu de l'âge, du sexe, de l'origine sociale et des résultats antérieurs de ses élèves. La valeur ajoutée est l'écart entre le taux réel et ce taux attendu. Positive, le lycée fait mieux qu'attendu ; négative, moins bien ; proche de zéro, il fait ce qu'on attend de lui.
Mais qui enseigne, concrètement, à ces élèves ? C'est la question que posent les lycéens dans chaque blocus.
Les heures perdues, les équipes qui tournent
« Pas de prof depuis la rentrée » : c'est la phrase la plus répétée des blocus. Que disent les chiffres ?
Selon la DEPP, 9 % des heures d'enseignement n'ont pas été assurées dans le second degré public, 10 % en lycée général et technologique, « le plus souvent en raison du non-remplacement d'enseignants absents ». Sur une semaine de 30 heures, c'est près de 3 heures en moins, en moyenne — davantage dans certains établissements, moins dans d'autres.
La Cour des comptes y est revenue en décembre 2025, dans un rapport sur « le temps d'enseignement perdu par les élèves au collège » : près de 9 % des heures non assurées dans les collèges publics en 2023-2024, davantage en éducation prioritaire, malgré la hausse des crédits de remplacement depuis 2018 (rapport cité dans une question écrite à l'Assemblée nationale). Le ministère répond, au Journal officiel, que le taux d'heures non assurées a baissé de 3 points depuis 2022-2023, que les absences longues sont remplacées « à près de 95 % », et reconnaît « de fortes disparités territoriales ». Les deux constats sont compatibles : le remplacement progresse, mais pas au même rythme partout.
Un enseignant contractuel n'a pas réussi (ou pas passé) le concours : il est recruté par le rectorat pour une durée limitée, souvent pour combler un poste vacant ou un remplacement. Beaucoup sont expérimentés ; d'autres découvrent le métier sans formation. Leur part augmente quand les concours ne suffisent plus à pourvoir les postes.
Dans les collèges REP+, presque deux fois plus de contractuels qu'ailleurs
À partager360 collèges REP+, 731 REP, 4231 hors éducation prioritaire. Calcul FranceMetrics : personnels des établissements du second degré (rentrée 2024, en équivalents temps plein) croisés avec la liste de l'éducation prioritaire 2022-2023 (jeux ouverts du ministère).
Notre calcul, à partir des fichiers ouverts du ministère, montre où se concentrent ces fragilités. À la rentrée 2024, dans les collèges publics REP+, 11,1 % des enseignants sont contractuels, contre 6,1 % hors éducation prioritaire. 30,3 % des enseignants de REP ont moins de 35 ans (17,2 % ailleurs), et seuls 39,3 % des enseignants de REP+ sont dans leur collège depuis huit ans ou plus, contre 49,1 % hors éducation prioritaire. Les élèves qui ont le plus besoin de stabilité ont les équipes les moins stables.
À la rentrée 2026, le SNES-FSU, premier syndicat du second degré, affirme qu'il manque au moins un professeur dans 53 % des collèges et lycées publics (enquête auprès de ses représentants dans 1 033 établissements). Le ministère met en avant un taux de 96,1 % de postes pourvus dans le secondaire. Les deux peuvent être vrais en même temps : un établissement de 80 enseignants auquel il en manque un compte dans les 53 %, tout en ayant 99 % de ses postes pourvus. Aucun des deux chiffres ne dit combien d'élèves sont sans cours.
Le métier attire moins. Un professeur des écoles débute à 2 680 € bruts par mois ; le salaire net moyen des enseignants fonctionnaires est de 3 090 € en 2024. La DEPP note qu'en milieu de carrière, un enseignant allemand du primaire gagne « quasiment le double » de son homologue français (en parité de pouvoir d'achat). Les enseignants notent leurs perspectives de carrière 2,8 sur 10.
Les heures perdues, les équipes qui tournent : les lycéens le vivent au quotidien. Mais leur vraie peur se joue après le bac, sur une plateforme dont l'État lui-même reconnaît qu'on n'en sait pas assez.
Parcoursup : une boîte noire que l'État reconnaît lui-même
« Abroger Parcoursup » : c'est la revendication la plus partagée des cortèges. Les documents officiels donnent aux lycéens plus de raisons qu'on ne le croit.
Parcoursup est la plateforme nationale d'admission dans l'enseignement supérieur. Les candidats formulent des vœux ; chaque formation classe les dossiers et répond « oui », « oui si », « en attente » ou « non ». L'algorithme national, dont le code est public, se contente d'envoyer les propositions dans l'ordre des classements. Ce sont les commissions d'examen des vœux de chaque formation qui classent — et c'est là que se loge l'opacité.
Le premier aveu vient du Comité éthique et scientifique de Parcoursup, l'instance officielle chargée de surveiller la plateforme, dans son rapport au Parlement de 2025 : « Pour renouer la confiance, il faudrait nettement progresser sur la transparence. » Sa recommandation d'une « plus grande transparence des critères de classement par les formations » n'a « pas encore été totalement prise en compte ». Et sur un point précis, il écrit que les formations qui tiennent compte du lycée d'origine du candidat dans leurs barèmes « le font de façon opaque ».
Pour classer des milliers de dossiers, beaucoup de formations utilisent un outil d'aide à la décision : un tableur fourni par la plateforme, qui calcule un score à partir des notes, avec des coefficients choisis par la formation. La commission peut ensuite modifier le classement « à la main ». En 2019, la moitié des formations l'utilisaient, selon le comité. Le même comité reconnaît que cet outil « défavorise a priori les candidats atypiques ». Les coefficients et les critères ne sont publiés qu'après la procédure.
Cette opacité a été validée au plus haut niveau. Le 3 avril 2020, saisi par un syndicat étudiant, le Conseil constitutionnel a jugé que le « secret des délibérations » des commissions pouvait justifier qu'un candidat n'obtienne pas les critères de classement avant la décision. Il a seulement imposé que chaque établissement publie, une fois la procédure terminée, les critères utilisés en précisant « dans quelle mesure des traitements algorithmiques ont été utilisés ». Quelques semaines plus tôt, la Cour des comptes écrivait que les commissions fonctionnent « de manière de plus en plus automatisée » et que « la bonne information des candidats sur les critères de classement […] n'est pas complète » ; elle plaidait pour la publication des algorithmes de pré-classement.
Parcoursup : un bachelier pro sur 7 sans aucune proposition, six fois plus qu'en bac général
À partagerNéo-bacheliers candidats en phase principale, session 2024. Comité éthique et scientifique de Parcoursup, 7e rapport au Parlement (2025), figure 3, d'après le SIES.
Les volumes donnent le vertige : en 2025, 13,1 millions de candidatures confirmées en phase principale pour 769 351 places, dans 14 252 formations. Et tous les candidats ne partent pas avec les mêmes chances. En 2024, selon le comité éthique, 14,2 % des bacheliers professionnels candidats n'avaient reçu aucune proposition à la fin de la phase principale — environ un sur sept — contre 2,3 % des bacheliers généraux, six fois moins. Seuls 63,3 % des bacheliers pro étaient admis, contre 88,7 % en voie générale. Or la voie professionnelle est aussi celle où les acquis reculent le plus (nous y reviendrons) et où les élèves sont les plus modestes.
À la fin de la phase principale, le 11 juillet 2026, 126 652 candidats n'avaient reçu aucune proposition, selon le tableau de bord de la plateforme rapporté par l'AFP, contre 103 582 en 2025. Tous ne sont pas des lycéens : le chiffre inclut des étudiants en réorientation et des candidats scolarisés à l'étranger.
Le comité éthique défend aussi la plateforme : l'algorithme national n'est pas opaque, et les quotas de boursiers ont été décisifs pour près de 17 600 lycéens en 2024, selon le ministère.
Pourquoi les bacheliers professionnels partent-ils avec un tel handicap ? Une partie de la réponse se trouve en amont, dans une réforme qui a redessiné le lycée en 2019.
Réformes en série, mathématiques en chute
La colère vise aussi les emplois du temps « éclatés ». Ils ont une origine : la réforme du lycée de 2019.
En 2019, le lycée général abandonne les séries (S, ES, L) pour un tronc commun et des spécialités au choix : trois en première, deux en terminale. Les mathématiques deviennent une spécialité parmi d'autres. Le Sénat, dans son bilan des mesures éducatives du quinquennat, parle d'une réforme « précipitée et non accompagnée », menée sur des « élèves cobayes ».
Le chiffre le plus spectaculaire vient d'une coalition de sociétés savantes et d'associations, le Collectif Maths & Sciences — un acteur engagé, dont les chiffres sont à lire comme tels : en première, 57 % des filles suivaient au moins 3 heures de maths en 2024, contre 83 % en 2019 ; chez les garçons, 77 % contre 94 %. Le ministère et les concepteurs de la réforme contestent l'idée qu'elle ait éloigné les filles des sciences : selon eux, elle a révélé un écart qui existait déjà.
Avec les spécialités, deux élèves d'une même classe n'ont plus les mêmes cours. Le lycée doit composer des groupes à partir de toutes les combinaisons choisies : 36 groupes en moyenne par classe de terminale, selon le Sénat. D'où des journées à trous, des cours tard le soir, et des heures difficiles à remplacer quand un professeur de spécialité est absent.
Et l'école s'adapte-t-elle au monde qui vient ? Sur l'intelligence artificielle, le ministère a publié en juin 2025 un cadre d'usage : usage autonome à partir de la quatrième, sensibilisation obligatoire en quatrième et en seconde. Le communiqué ne chiffre ni la formation des enseignants ni son budget. Les enquêtes internationales donnent une image contrastée : en 2023, les élèves de quatrième français sont au-dessus de la moyenne européenne en pensée informatique (ICILS), mais l'effort déclaré pendant le test PISA 2025 est l'un des plus bas de l'OCDE (6,4 sur 10).
Aucune évaluation publiée ne permet d'attribuer la baisse des résultats en mathématiques à la réforme du lycée : PISA teste des élèves de 15 ans, en majorité avant le lycée. Le lien entre réforme et résultats reste une question ouverte.
Réformes, programmes, emplois du temps : tout cela devrait se voir dans le niveau des élèves. Alors, le niveau s'effondre-t-il vraiment ? La courbe de PISA est sans appel — mais elle ne raconte pas tout.
Le niveau : vingt ans de chute, cycle après cycle
PISA 2025 a été publié le 8 septembre 2026, dix jours avant le premier blocus.
PISA est une enquête de l'OCDE, l'organisation qui regroupe 38 pays développés. Tous les trois ou quatre ans, elle fait passer le même test à des élèves de 15 ans, quelle que soit leur classe, en compréhension de l'écrit, en mathématiques et en sciences. Le résultat est un score sur une échelle conçue pour que la moyenne des pays de l'OCDE soit d'environ 500 points à l'origine. Ce n'est pas une note sur 20 : 20 points d'écart, c'est beaucoup — de l'ordre de ce qu'un élève apprend en une année scolaire, selon l'OCDE.
PISA : la France est passée de 511 à 458 points en mathématiques depuis 2003
À partagerL'axe ne commence pas à zéro. DEPP, Notes d'information 08.08, 10.23, 10.24, mémo PISA 2012, 26.40. 2018 et 2022 : valeurs déduites des écarts publiés par la DEPP en 2025. Les mathématiques ne sont comparables qu'à partir de 2003. Chaque score a une marge d'erreur de quelques points.
C'est la courbe que tout le monde devrait voir. En 2003, la France obtenait 511 points en mathématiques, significativement au-dessus de la moyenne de l'OCDE (500). Elle a glissé dans la moyenne dès 2006, s'y est maintenue jusqu'en 2012, puis son score a chuté : 474 en 2022, 458 en 2025 — 53 points de moins qu'en 2003. Si elle reste « dans la moyenne », c'est que la moyenne de l'OCDE a baissé aussi. En compréhension de l'écrit, même trajectoire : 505 en 2000, 456 en 2025.
PISA 2025 : 19 pays de l'OCDE font mieux que la France en mathématiques
À partagerFont moins bien que la France : 7 pays en mathématiques, 12 en lecture, 11 en sciences ; les autres ne s'en distinguent pas statistiquement. DEPP, Notes d'information 26.39 et 26.40.
La place de la France se lit mieux ainsi qu'avec un « classement ». En 2025, sur les 37 autres pays de l'OCDE, 19 font significativement mieux qu'elle en mathématiques, 19 en lecture et 14 en sciences ; seuls 7 font moins bien en mathématiques. En 2009, en lecture, la DEPP situait la France « entre le 12e et le 27e rang » des 65 pays participants — un rang est toujours une fourchette.
Le nombre de pays participants change à chaque cycle (57 en 2006, 65 en 2009, 90 en 2025) : un rang brut mélange la baisse d'un pays et l'arrivée de nouveaux participants. Et chaque score a une marge d'erreur, si bien qu'un pays n'a pas une place mais une fourchette de places. Compter les pays de l'OCDE significativement devant la France est la mesure la plus honnête — et elle suffit à montrer le décrochage.
PISA 2025 : la France « dans la moyenne », mais plus bas que jamais
À partagerDEPP, Notes d'information 26.39 et 26.40 (8 septembre 2026). Les écarts France/OCDE ne sont pas statistiquement significatifs : la France est « dans la moyenne ».
En compréhension de l'écrit, la France obtient 456 points (moyenne de l'OCDE : 461), soit 18 points de moins qu'en 2022. En mathématiques, 458 points (OCDE : 463), 16 de moins qu'en 2022 — et 53 de moins qu'en 2003, où la France était à 511. En sciences, 483 points, au niveau de l'OCDE (482), mais 12 de moins qu'en 2015.
PISA classe les élèves en niveaux de compétence. Le niveau 2 est le seuil que l'OCDE juge nécessaire pour participer pleinement à la société : comprendre un texte simple et en tirer une information, résoudre un problème courant. Être « sous le niveau 2 », c'est ne pas l'atteindre. Un tiers des élèves de 15 ans en France sont dans ce cas en lecture.
Le « classement PISA » qui circule est un rang : il dépend des autres pays et de leur nombre. Ce qui compte, c'est le score et son évolution, avec sa marge d'erreur. PISA mesure un échantillon d'élèves : un écart de quelques points peut ne pas être « significatif », c'est-à-dire pas plus grand que l'incertitude de la mesure. La DEPP précise que la France est « dans la moyenne » de l'OCDE dans les trois domaines, et que la baisse 2022-2025 suit une tendance proche de celle de l'OCDE.
La contre-enquête commence ici. La baisse est commune à presque toute l'OCDE : en mathématiques, un seul pays progresse. Et les évaluations nationales, que la DEPP fait passer à tous les élèves, ne racontent pas la même histoire : à l'entrée en sixième, le score de français est passé de 250 en 2017 à 256 en 2025, celui de mathématiques de 250 à 254. Ces tests ne mesurent pas la même chose que PISA (ils suivent les programmes français, à un autre âge) : on ne peut pas les opposer terme à terme, mais on ne peut pas non plus parler d'effondrement général.
La baisse est générale. Mais elle ne frappe pas tous les élèves de la même façon : la moyenne cache l'essentiel.
Le vrai décrochage est social
La moyenne cache l'essentiel : en France, l'origine sociale pèse plus qu'ailleurs, et l'écart grandit au lycée.
PISA utilise un indice socio-économique (le SESC), construit à partir du métier et du diplôme des parents et des biens du foyer. La DEPP utilise l'indice de position sociale (IPS), calculé à partir de la profession des parents : plus il est élevé, plus les familles d'un établissement sont favorisées. La moyenne nationale est autour de 100 au collège.
Dans PISA 2025, l'écart entre les élèves très favorisés et très défavorisés atteint 91 points en lecture (OCDE : 77) et 95 points en mathématiques (OCDE : 83). La DEPP range la France parmi les pays de l'OCDE où cet écart est le plus marqué.
L'écart se creuse au lycée. En mathématiques, en début de seconde générale et technologique, 54 points séparent les lycées les plus favorisés des moins favorisés — 8 de plus qu'en 2019, écrit la DEPP, qui parle d'une « hausse des inégalités sociales de compétences ».
Seconde pro : 41 % des élèves dans le groupe le plus faible en français
À partagerDEPP, évaluations nationales de début de seconde professionnelle (jeu ouvert), France. Groupe 1 : le plus faible des six niveaux de maîtrise définis par la DEPP.
C'est en voie professionnelle que le décrochage est le plus net. En début de seconde pro, la part des élèves dans le groupe le plus faible en français est passée de 28,0 % en 2021 à 41,0 % en 2025. En mathématiques, elle dépasse la moitié des élèves (51,2 %). Ces élèves sont aussi, en moyenne, les plus modestes.
L'éducation prioritaire regroupe les écoles et collèges qui accueillent les élèves les plus défavorisés. Les réseaux REP+ sont les plus en difficulté, les REP un cran en dessous. Ils reçoivent des moyens supplémentaires (classes de CP et CE1 dédoublées, primes, temps de concertation). L'éducation prioritaire s'arrête au collège : il n'y a pas de « lycée REP ».
Cette fracture sociale a une géographie, et elle a une frontière : celle qui sépare l'école publique de l'école privée.
Public, privé : la séparation qui s'accélère — et ceux qui la gouvernent
La part du privé ne bouge pas. Ce qui bouge, c'est qui va dans le privé.
Collèges privés : 43,4 % d'élèves très favorisés, contre 20,3 % dans le public
À partagerDEPP, indicateur de ségrégation sociale des collèges (jeu ouvert), France entière, 2014-2025.
Le privé sous contrat scolarise toujours un peu plus d'un collégien sur cinq (20,9 % en 2014, 21,8 % en 2025). Mais la part d'élèves très favorisés y est passée de 37,0 % à 43,4 %, quand elle restait autour de 20 % dans le public. La part d'élèves défavorisés dans le privé est passée de 18,9 % à 16,2 %.
La DEPP mesure aussi la ségrégation sociale totale entre collèges. Elle est stable. Mais la part de cette ségrégation qui tient à la séparation entre public et privé est passée de 17,7 % à 25,3 % en onze ans. Au lycée, l'écart est encore plus visible : à la rentrée 2025-2026, l'IPS moyen des lycées généraux et technologiques est de 115,2 dans le public et 134,7 dans le privé ; celui des lycées professionnels publics, de 86,3.
Ces chiffres décrivent des compositions sociales, pas la qualité de l'enseignement. Un établissement privé n'obtient pas de meilleurs résultats « parce qu'il est privé » : il accueille d'autres élèves. Démêler les deux effets demande des méthodes que ces données seules ne permettent pas.
Un privé financé aux trois quarts par l'argent public
L'enseignement privé sous contrat n'est pas un marché à part. En 2022, il a reçu environ 13,8 milliards d'euros, dont 10,4 milliards d'argent public (État et collectivités), selon le rapport d'information de l'Assemblée nationale d'avril 2024 — environ les trois quarts de son financement. Les rapporteurs, de bords opposés, notent qu'aucun montant consolidé officiel n'existe. Les contrôles sont rares : en 2023, 5 audits financiers pour environ 7 500 établissements, soit, à ce rythme, « une fois tous les 1 500 ans ». Au Sénat, en mars 2024, la ministre de l'Éducation nationale donnait elle-même l'écart d'origine sociale : un indice de 106,1 dans les collèges publics hors éducation prioritaire, 124,1 dans le privé, un écart qui « tend à s'accroître ».
Les ministres et l'école de leurs enfants
Choisir le privé est légal, et c'est le choix d'environ un élève sur six. La question n'est donc pas « ont-ils le droit ? » — oui. Elle est : que signifie, pour la confiance dans l'école commune, que certains des responsables chargés de la défendre aient documenté publiquement un autre choix pour leur famille, quand ce choix est très inégalement accessible ?
- Amélie Oudéa-Castéra, janvier 2024. Tout juste nommée ministre de l'Éducation nationale, interrogée sur la scolarisation de ses enfants dans le privé, elle déclare le 12 janvier au collège d'Andrésy, selon l'AFP : « Mon mari et moi avons vu des paquets d'heures pas sérieusement remplacées et à un moment, on en a eu marre ». Selon la presse, ses enfants sont scolarisés à Stanislas, établissement privé parisien. Un rapport de l'Inspection générale sur Stanislas, commandé en février 2023 par le ministre de l'époque, Pap Ndiaye, et révélé par la presse en janvier 2024, devient lui-même un objet de controverse : en 2025, devant une commission d'enquête parlementaire, deux anciennes inspectrices contestent la phrase de la lettre de transmission qui disait leurs constats non confirmés. Elle quitte le ministère de l'Éducation nationale moins d'un mois après sa nomination.
- Gabriel Attal, 2023-2024. Ministre de l'Éducation nationale puis Premier ministre, il a lui-même fait sa scolarité à l'École alsacienne, établissement privé parisien. Il ne s'agit pas d'un choix pour des enfants : c'est son propre parcours, rapporté par la presse.
Deux cas documentés ne disent rien de « l'élite » en général, et rien ne permet de déduire une politique d'un choix familial. Ce qu'ils montrent, c'est une scène : la ministre chargée de l'école publique justifiant le privé par les heures non remplacées — le grief même que portent aujourd'hui les lycéens, et que les chiffres de cette enquête confirment.
Le tableau est sombre. Il n'est pas complet. Avant de conclure, voici ce qui contredit le récit de l'effondrement — et ce que personne ne sait.
Ce qui marche — mesuré, pas promis
Un réquisitoire qui ignore les réussites ne résiste pas à la contradiction. Voici ce qui a fonctionné, chiffres à l'appui.
- Agir tôt fonctionne. Le dédoublement des CP en éducation prioritaire a réduit de 38 % l'écart de résultats en mathématiques avec les autres écoles, de 16 % en français, selon l'évaluation de la DEPP avec groupe de comparaison. C'est l'une des rares réformes françaises dont l'effet est démontré.
- Les quotas de boursiers ouvrent des portes. Dans Parcoursup, ils ont été décisifs pour près de 17 600 lycéens boursiers en 2024, selon le ministère cité par le comité éthique.
- Les lycées populaires font leur travail. À élèves comparables, leur valeur ajoutée est proche de zéro, comme celle des lycées favorisés : les équipes ne sont pas en cause, le parcours qui y mène l'est.
- Moins de jeunes sortent sans diplôme. 8 % des 18-24 ans en 2024, contre près de 40 % à la fin des années 1970 — mieux que la moyenne européenne. Et 78,8 % d'une génération obtient le bac.
- L'écart se resserre un peu en début de collège. Entre REP+ et collèges publics hors éducation prioritaire, l'écart de français à l'entrée en 6e est passé de 35 points en 2017 à 32 en 2024.
- Le remplacement peut progresser. Le ministère annonce 3 points d'heures non assurées en moins depuis 2022-2023 : c'est une affaire d'organisation, pas une fatalité.
Combien d'élèves sont réellement sans professeur à la rentrée 2026 ; ce que deviennent au lycée les élèves venus de REP et REP+ ; l'état des bâtiments scolaires ; l'effet propre de la réforme du lycée. Aucune statistique publique ne le mesure. C'est aussi un choix.
Le verdict, et ce qui pourrait changer
- « Il n'y a plus d'argent » — vrai pour le lycée : la dépense par lycéen général et technologique a reculé de 9,1 % depuis 2010, en euros constants. Faux pour l'école primaire, qui a gagné 23,2 %.
- « Il n'y a plus de profs » — vrai en partie : environ 9 % des heures ne sont pas assurées dans le second degré public, et les équipes sont plus précaires là où les élèves sont les plus pauvres. Aucune donnée publique ne dit combien d'élèves sont sans professeur.
- « Parcoursup est opaque » — vrai, et en dessous de la vérité : ce sont les instances officielles qui l'écrivent. Un bachelier professionnel sur sept termine la phase principale sans aucune proposition.
- « Le niveau s'effondre » — vrai, et depuis vingt ans : 53 points perdus en mathématiques depuis 2003, trois fois moins de très bons élèves (15 % → 5 %, sous la moyenne de l'OCDE, 8 %), un élève sur trois en difficulté en lecture. La baisse touche aussi l'OCDE, mais la France, au-dessus de la moyenne en 2003, n'y est plus que dans la moyenne. Ce qui progresse existe — évaluations de sixième, sorties sans diplôme cinq fois plus rares qu'à la fin des années 1970 — et ne compense pas la courbe.
- « L'école est injuste » — vrai, et c'est le cœur du sujet : à chaque étape, du CP à Parcoursup, l'origine sociale pèse plus en France que dans la plupart des pays de l'OCDE, et la séparation entre public et privé s'accentue.
La responsabilité est publique : ces parcours sont tracés par des décisions — une carte de l'éducation prioritaire figée depuis 2015, des lycées sortis du dispositif en 2014 avec une promesse jamais tenue, des moyens déplacés vers le primaire sans être prolongés au collège et au lycée, une plateforme d'orientation dont les critères ne sont publiés qu'après coup. Aucune de ces décisions ne suffit à expliquer, seule, ce que vivent les lycéens. Toutes sont documentées.
Ce qui a déjà marché, et ce qu'on pourrait en faire
- 1Prolonger ce qui fonctionne. Le CP dédoublé réduit les écarts, mais la Cour des comptes ne constate « pas d'effet supplémentaire significatif » après le CP. La piste n'est pas d'abandonner le dispositif, mais de suivre les mêmes élèves au-delà du CP.
- 2Remplacer les absences courtes. Le ministère a gagné 3 points d'heures non assurées en deux ans ; la Cour des comptes recommande d'aller plus loin. Publier le taux par établissement permettrait de vérifier les progrès.
- 3Stabiliser les équipes là où c'est le plus dur. Les collèges REP+ ont presque deux fois plus de contractuels que les autres. La stabilité des équipes se mesure ; elle peut devenir un objectif public.
- 4Revoir la carte, école par école, et penser le lycée. L'Assemblée nationale propose une carte révisée régulièrement, avec un indice d'éloignement pour les territoires ruraux. Les lycées attendent toujours la réforme annoncée en 2017.
- 5Rendre Parcoursup lisible avant, pas après. Le comité éthique réclame la transparence des critères de classement ; les quotas de boursiers montrent qu'une règle claire peut ouvrir des portes.
- 6Lier l'argent public à la mixité. Le rapport de l'Assemblée sur le privé propose de tenir compte de l'origine sociale des élèves dans l'attribution des moyens et de publier les contrôles.
Rien de cela ne promet un redressement rapide. Mais chacune de ces pistes s'appuie sur un résultat déjà observé quelque part dans le système, et chacune peut être vérifiée par un indicateur public, chaque année : la dépense par élève et par niveau, les heures non assurées par établissement, la stabilité des équipes en éducation prioritaire, les écarts de résultats de la sixième à la seconde, la composition sociale des établissements financés par l'État.
« Le déclassement n'est pas une fatalité. Mais il ne se corrigera pas avec un slogan de plus : il faudra des enseignants reconnus, des moyens orientés vers les besoins, une école plus mixte et des résultats publiés sans complaisance. »
Pour tout comprendre
Les mots de l'enquête
- PISA
- Enquête internationale de l'OCDE qui teste, tous les trois ou quatre ans, des élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences. La dernière édition, PISA 2025, a été publiée le 8 septembre 2026.
- Score PISA
- Résultat sur une échelle construite pour une moyenne OCDE d'environ 500 points à l'origine. Environ 20 points correspondent à une année d'apprentissage, selon l'OCDE.
- Classement PISA
- Rang d'un pays parmi les participants. Il dépend des autres pays : le score et son évolution sont plus informatifs.
- Moyenne de l'OCDE
- Moyenne des 38 pays membres de l'OCDE. Selon les comparaisons, la DEPP utilise des sous-ensembles (OCDE-37, OCDE-24) pour garder les mêmes pays d'un cycle à l'autre.
- Niveau 2 (PISA)
- Seuil de compétence que l'OCDE juge nécessaire pour participer pleinement à la vie sociale. « Sous le niveau 2 » signifie ne pas l'atteindre.
- Différence significative
- Écart plus grand que l'incertitude liée au fait de tester un échantillon d'élèves. Un écart « non significatif » peut être dû au hasard de l'échantillon.
- Évaluations nationales (Repères)
- Tests passés par tous les élèves de CP, CE1, CM1, sixième, quatrième et seconde, au début de l'année, conçus par la DEPP sur les programmes français.
- DEPP
- Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance : le service statistique du ministère de l'Éducation nationale.
- IPS
- Indice de position sociale : mesure de l'origine sociale des élèves d'un établissement, calculée à partir de la profession des parents.
- SESC
- Indice de statut économique, social et culturel utilisé par PISA (métier et diplôme des parents, biens du foyer).
- REP / REP+
- Réseaux d'éducation prioritaire : écoles et collèges qui accueillent les élèves les plus défavorisés et reçoivent des moyens supplémentaires. REP+ désigne les plus en difficulté.
- Contractuel
- Enseignant non titulaire, recruté pour une durée limitée par le rectorat, sans être passé par le concours.
- Heures non assurées
- Heures de cours prévues à l'emploi du temps qui n'ont pas eu lieu, le plus souvent faute de remplacement d'un enseignant absent.
- Dépense intérieure d'éducation
- Total de ce que dépensent l'État, les collectivités, les familles et les entreprises pour l'éducation sur le territoire.
- Euros constants
- Montants corrigés de l'inflation, pour comparer des dépenses de différentes années à pouvoir d'achat égal.
- ETP
- Équivalent temps plein : deux enseignants à mi-temps comptent pour un ETP.
- Parcoursup
- Plateforme nationale d'admission dans l'enseignement supérieur, avec une phase principale jusqu'à mi-juillet et une phase complémentaire.
- Ségrégation sociale
- Mesure de la façon dont les élèves de milieux différents sont répartis dans des établissements différents. La DEPP la calcule entre collèges, et isole la part due à la séparation public/privé.
La triangulation des données
Chaque affirmation de cette enquête est recoupée sur trois plans : notre donnée interne, une étude externe indépendante, et la littérature académique de cadrage. Rien ne repose sur une source unique.
| La question | Notre donnée | L'étude externe | La référence académique |
|---|---|---|---|
| Le niveau baisse-t-il ? | Évaluations nationales de 6e : en hausse depuis 2017 (jeu ouvert DEPP). | PISA 2025 : −18 points en lecture, −16 en maths depuis 2022 (DEPP, NI 26.40). | OCDE : baisse commune à la quasi-totalité des pays membres. |
| Les moyens du lycée ont-ils reculé ? | Dépense par lycéen GT : 13 930 € (2010) → 12 660 € (2023), euros constants. | Taille des classes de lycée GT en hausse depuis 2007 (L'état de l'École 2025, fiche 19). | Comparaison OCDE 2022 : la France dépense plus que la moyenne au lycée, moins à l'école élémentaire. |
| Les équipes sont-elles plus fragiles en éducation prioritaire ? | Collèges REP+ : 11,1 % de contractuels contre 6,1 % hors EP (calcul FranceMetrics, rentrée 2024). | Part des contractuels dans le public : 4 % (2015) → 7 % (2024) (L'état de l'École 2025, fiche 11). | — |
Les garde-fous de l'enquête
- Aucune causalité n'est affirmée : les évolutions de la dépense, des effectifs et des résultats sont juxtaposées, pas reliées par un modèle.
- Les évaluations nationales et PISA ne mesurent pas la même chose : elles ne sont pas fusionnées.
- La liste de l'éducation prioritaire utilisée est celle de 2022-2023 ; les personnels sont ceux de la rentrée 2024.
- Les chiffres du mouvement lycéen sont ceux des ministères ou des organisateurs, rapportés par la presse ; ils ne sont pas des statistiques publiques.
- Les montants de dépense par élève de 2023 sont provisoires (RERS 2025).
- Le chiffre Parcoursup 2026 provient du tableau de bord de la plateforme, rapporté par l'AFP.
Les sources
- Pexels — Ali Ahmad DaneshPhoto d'ouverture : salle de classe vide (illustration, licence Pexels)Presse
- DEPPPISA 2025 : les acquis des élèves de 15 ans en compréhension de l'écrit et en culture mathématique (Note d'information 26.40) (2026)Institution
- DEPPPISA 2025 en culture scientifique (Note d'information 26.39) (2026)Institution
- DEPPL'état de l'École 2025 (2025)Institution
- DEPPRepères et références statistiques 2025, chapitre 10 (budgets, coûts et financements) (2025)Institution
- DEPPL'évolution du salaire des enseignants entre 2023 et 2024 (Note d'information 26.36) (2026)Institution
- DEPPL'éducation nationale en chiffres, édition 2026 (2026)Institution
- Sénat, commission des financesProjet de loi de finances pour 2026 — Enseignement scolaire, l'essentiel (2025)Institution
- Ministère de l'Éducation nationaleJeux ouverts : évaluations nationales, IPS des lycées, ségrégation sociale des collèges, personnels des établissements, éducation prioritaire, concours (2026)Institution
- Comité éthique et scientifique de Parcoursup et Mon Master7e rapport annuel au Parlement (2025)Institution
- Conseil constitutionnelDécision n° 2020-834 QPC du 3 avril 2020 (Union nationale des étudiants de France) et son commentaire officiel (2020)Institution
- SénatRapport d'information n° 543 (2021-2022), bilan des mesures éducatives du quinquennat (2022)Institution
- Collectif Maths & Sciences (coalition d'associations)Lycée général : des scénarios pour une ambition scientifique (2025)Presse
- Ministère de l'Enseignement supérieurJeu ouvert Parcoursup, session 2025 (une ligne par formation) (2025)Institution
- Public SénatActe III de la mobilisation lycéenne : le point sur les premières manifestations (2026)Presse
- FranceMetricsCalculs reproductibles : scripts/emet_enquete_ecole.mjs et dossier docs/investigations/p7-education (2026)FranceMetrics
Refaites les calculs de l'enquête
« Un lycéen coûte 9,1 % de moins qu'en 2010 »
Enquête produite par la rédaction FranceMetrics à partir de données publiques et de moteurs de calcul ouverts. Les chiffres cités sont reproductibles avec nos simulateurs. Contenu informatif — ni conseil en investissement, ni recommandation personnalisée.
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