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Incendie dans un massif forestier de plaine, rochers de grès, pompiers et hélicoptère bombardier d'eauImage de synthèse

L'enquête · le climat français, document par document

Le réchauffement n'arrive pas là où vous le regardez

Nous avons lu dix-sept documents officiels, ligne à ligne, jusqu'au dernier chiffre. Ils disent tous la même chose, et ce n'est pas ce que vous croyez : le danger est réel, il est chiffré, il est daté — et il n'est presque jamais là où le regard se porte.

chiffres servis
325

chiffres servis

lus dans le fichier d'origine
259

lus dans le fichier d'origine

au second rang, et nous le disons
49

au second rang, et nous le disons

documents, empreinte vérifiée
17

documents, empreinte vérifiée

Chaque chiffre porte son rang, sa source et sa page. 154 relevés ont été extraits de ces fichiers et 209 clés les adressent une à une — un chiffre ne s'adosse pas à un corpus, il s'adosse à une phrase.

Chapitre 0

Le 12 juillet 2026, la forêt de Fontainebleau a pris feu

Incendie dans un massif forestier de plaine, rochers de grès, pompiers et hélicoptère bombardier d'eauImage de synthèse — illustration, non documentaire
Le feu qui n'était pas censé arriver là2 000 hectares du massif de Fontainebleau atteints en quelques jours — en Seine-et-Marne, à soixante kilomètres de Paris.

Ce jour-là, 37 départements sont en vigilance rouge canicule. 46 autres en orange. Quatre-vingt-trois départements sur alerte, le même jour.

Il fait 28,1 °C de moyenne sur la France entière, sur 24 heures — c'est la journée la plus chaude d'une vague de chaleur qui durera seize jours, du 4 au 19 juillet. Ce n'est même pas la pire de l'été : trois semaines plus tôt, du 17 au 30 juin, la 52ᵉ vague de chaleur depuis 1947« remarquable par sa précocité, sa durée de 14 jours et son intensité supérieure à celle d'août 2003 » — avait produit ceci : « Pour la première fois, tous mois confondus, la température moyennée sur la France a atteint 30 °C les 24 et 25 », devant les 29,4 °C du 5 août 2003 et du 25 juillet 2019.

Le thermomètre monte à 42,1 °C à Saintes, 41,2 °C à Narbonne, 40,9 °C à Perpignan. Toulouse enchaîne douze nuits chaudes consécutives, Paris dix, Bordeaux neuf. À Vivès, dans les Pyrénées-Orientales, la température ne descend pas en dessous de 30,6 °C de toute la nuit du 8 au 9 juillet.

Et le feu part dans les Trois-Pignons.

Pas dans le Var. Pas en Corse. En Seine-et-Marne, à soixante kilomètres de Paris. En quelques jours, 2 000 hectares du massif de Fontainebleau sont atteints — environ 10 % de sa surface, quatre réserves biologiques parcourues, l'accès au massif interdit jusqu'au 21 août. Le président de la République s'y rend le 16 juillet.

Au même moment, dans la Drôme, un feu déclenché par la foudre le 24 juin et réactivé le 3 juillet parcourt plus de 4 200 hectares dans les forêts domaniales du Diois.

Et le mois s'achève sur un record qui n'appartient à aucun mois de juillet :

Avec 24,9 °C de moyenne, juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais enregistré en France, tous mois confondus, depuis le début des mesures en 1900 — devant août 2003 (24,8 °C). AnomalieanomalieL'écart à une moyenne de référence, jamais la valeur elle-même. Comme dire « trois degrés de plus que d'habitude » plutôt que « seize degrés ». : +3,8 °C, et +5,2 °C sur les températures maximales. Un déficit de pluie de près de 70 %. Un excédent d'ensoleillement de 35 %.

Voilà le décor. Maintenant, l'information.

Ce n'est pas cet été-là qui coûtera le plus cher à la France.

Les 28 chiffres de ce chapitre
  • A28,1moyenne nationale sur 24 heures, journée la plus chaude
  • A7,1écart à la normale de la journée du 12 juillet
  • A30moyenne nationale des 24 et 25 juin
  • A29,4moyenne nationale des 5 août 2003 et 25 juillet 2019, record précédent
  • A52rang de la vague de chaleur de juin depuis 1947
  • A14durée de la vague de chaleur de juin, en jours
  • A24,9moyenne de juillet 2026, mois le plus chaud jamais mesuré
  • A24,8moyenne d'août 2003, record précédent
  • A3,8anomalie de juillet 2026 sur la moyenne
  • B37départements en vigilance rouge le 12 juillet
  • B46départements en orange le 12 juillet
  • B16durée de la vague de chaleur de juillet, en jours
  • B42,1maximum relevé à Saintes
  • B41,2maximum relevé à Narbonne
  • B40,9maximum relevé à Perpignan en juillet 2026
  • B12nuits chaudes consécutives à Toulouse
  • B30,6minimum nocturne à Vivès du 8 au 9 juillet
  • B12 juillet 2026date du départ de feu de Fontainebleau
  • B2 000hectares atteints à Fontainebleau
  • B22 000surface du massif de Fontainebleau, en hectares
  • B4 200hectares parcourus dans le Diois
  • B2 600hectares de bois dans le Diois
  • B5,2anomalie de juillet 2026 sur les maximales
  • B70déficit de pluie de juillet 2026
  • B35excédent d'ensoleillement de juillet 2026
  • B9départs de feu d'origine humaine, sur dix
  • calcul83départements sur alerte le même jour
  • calcul10part du massif atteinte, servie comme « environ 10 % » et « un dixième »

Chapitre 1

Et ça commence par une ligne noire au-dessus d'une fenêtre

Fissure fine en diagonale partant de l'angle d'une fenêtre et montant vers le plafond, dans un séjour clairImage de synthèse — illustration, non documentaire
Le premier péril climatique français17,2 Md€ — ce que le retrait-gonflement des argiles ajoute à la facture d'ici 2050. Aucun autre péril n'en approche.

Le premier péril climatique français ne fait pas d'images.

Pas de vagues qui emportent une digue. Pas de forêt en flammes filmée depuis un hélicoptère. Juste une ligne, fine, en diagonale, qui part de l'angle d'une fenêtre et monte vers le plafond. Elle apparaît après un été sec. Elle se referme un peu l'hiver. L'été suivant, elle est plus longue.

C'est le retrait-gonflement des argilesretrait-gonflement des argilesLe sol argileux gonfle quand il pleut et se rétracte en séchant. La maison posée dessus bouge avec lui, et les murs se fendent. : le sol se rétracte en séchant, se regonfle en s'humidifiant, et les fondations travaillent. La maison ne s'effondre pas. Elle se fend.

Et c'est ce qui coûte le plus cher à la France.

En 2021, France Assureurs a publié une étude que personne n'a vraiment lue. Elle fait un exercice rare : au lieu de dire les catastrophes vont coûter plus cher, elle isole la part de la hausse imputable au changement climatique lui-même, en la séparant de tout le reste. Voici son résultat, pour la période 2020-2050 :

Ce que le changement climatique ajoute à la facture
Sécheresse — le sol qui se rétracte sous les maisons17,2 Md€
Inondation y compris submersion marine6,5 Md€
Tempêtes0 Md€ (par différence — lire ci-dessous)

Lisez la dernière ligne encore une fois.

Zéro. Le tableau du péril tempête, dans l'étude, ne comporte aucune colonne « changement climatique » — et la phrase qui l'accompagne est sans ambiguïté : « En l'absence d'impact du changement climatique, la charge atteindrait 46 milliards d'euros sur la période 2020-2050. » Les 46 milliards projetés sont donc le chiffre sans climat. La facture des tempêtes augmentera bien — de 31,6 à 46 Md€ — mais l'étude écrit que cette évolution « provient quasi exclusivement de l'effet richesseeffet richesseLa facture monte parce qu'il y a plus de biens, et plus chers — pas parce que le danger augmente. Une maison neuve coûte plus cher. qui accroît ce dernier de 15 MD€, soit une hausse de 46 % ». Pas parce que le vent forcit : parce qu'il y aura davantage à détruire.

L'étude le dit noir sur blanc. Sur les 69 Md€ de hausse attendue :

D'où vient la hausse de la facturemontantpart
L'enrichissement du pays — plus de biens, plus chers37 Md€53 %
Le changement climatique24 Md€35 %
La variabilité naturelle du climat5 Md€7 %
Effets de répartition3 Md€5 %

Plus de la moitié de ce que vous paierez en plus n'a rien à voir avec le climat. Et sur les 24 milliards qui en relèvent vraiment, 17,2 tiennent dans une fissure.

Soit 72 % du coût climatique français. Pour un phénomène qui n'a jamais fait la une d'un journal télévisé.

Voilà le fil de cette enquête. Partout où nous avons ouvert un document primaire, le chiffre le plus commenté n'était pas le chiffre le plus important. Et le danger — réel, mesuré, daté — s'était déplacé : dans un autre péril, dans une autre région, dans une autre profondeur d'océan, dans un autre bout du calendrier.

Sur les 69 Md€ de hausse attendue, d'où vient l'argent

France Assureurs découpe elle-même sa projection. Le climat n'y est pas le premier poste.

  • L'enrichissement du pays37 Md€
    53 %
  • Le changement climatique24 Md€
    35 %
  • La variabilité naturelle5 Md€
    7 %
  • L'effet répartition3 Md€
    5 %

France Assureurs · Impact du changement climatique à l'horizon 2050. Les quatre parts et les quatre montants sont écrits par l'émetteur.

Les 19 chiffres de ce chapitre
  • A17,2surcoût climatique sécheresse 2020-2050, en Md€
  • A6,5surcoût climatique inondation y compris submersion marine, en Md€
  • A3,1surcoût climatique inondation HORS submersion marine, en Md€
  • A46charge tempêtes 2020-2050 EN L'ABSENCE d'impact climatique, en Md€
  • A15part de l'effet richesse dans la hausse des tempêtes, en Md€
  • A46hausse des tempêtes due à l'effet richesse
  • A31,6facture tempêtes constatée 1989-2019, en Md€
  • A69hausse totale attendue de la facture, en Md€
  • A93hausse totale de la facture, en euros constants
  • A37part de la hausse due à l'enrichissement, en Md€
  • A53part de la hausse due à l'enrichissement
  • A24part de la hausse due au changement climatique, en Md€
  • A35part de la hausse due au changement climatique
  • A5part due à la variabilité naturelle, en Md€
  • A7part due à la variabilité naturelle
  • A3effets de répartition, en Md€
  • A5effets de répartition
  • Acinqdépartements concentrant deux tiers de la hausse de la sinistralité sécheresse
  • calcul72part de la sécheresse dans le coût climatique français

Chapitre 2

Le thermomètre ne ment pas. Il omet.

Houle sombre sous un ciel d'orage, écume et vapeur au couchantImage de synthèse — illustration, non documentaire
Là où va l'énergie91 % de l'énergie en excès part dans l'océan. Le thermomètre que le monde commente en mesure un centième.

Chaque mois de janvier, le même rituel. Un chiffre tombe, il fait le tour du monde en une journée, et tout le monde s'accorde à le trouver inquiétant.

Cette année, le chiffre était 1,43 °C.

C'est le réchauffement moyen de la surface du globe en 2025 par rapport à 1850-1900, publié par l'Organisation météorologique mondiale dans son rapport définitif. Deuxième ou troisième année la plus chaude jamais mesurée, selon celui des neuf jeux de données qu'on retient. Le record reste 2024, à 1,55 °C. Et les onze dernières années — 2015 à 2025 — sont les onze années les plus chaudes des archives.

Tout cela est exact. Tout cela est important.

Mais trois pages plus haut, dans le même rapport, il y a une phrase que personne ne cite :

« Le réchauffement observé à la surface et dans toute la troposphèretroposphèreLa couche d'air où nous vivons et où se fabrique la météo. Elle s'arrête là où volent les avions de ligne. représente seulement 1 % de l'énergie en excès piégée par les gaz à effet de serre. »

Et, quinze pages plus loin, sa répartition complète :

Où va l'énergie que la Terre ne parvient plus à évacuer
L'océan91 %
Les continents5 %
La glace3 %
L'atmosphère — celle qu'on mesure chaque janvier1 %

Le thermomètre que le monde entier commente mesure un centième du phénomène.

Et l'océan, lui, ne fait pas mystère de ce qu'il encaisse.

Le contenu thermique de ses 2 000 premiers mètres a battu son record pour la neuvième année d'affilée. Le rythme auquel il chauffe a plus que doublé — c'est le mot de l'OMM :

énergie absorbée par l'océan
1960-20053,05 à 3,91 zettajouleszettajouleUne unité d'énergie démesurée, celle qu'il faut pour peser la chaleur d'un océan entier. Le kilowattheure du compteur électrique est à l'autre bout de l'échelle. par an
2005-202511,0 à 12,2 zettajoules par an

Et l'effet se voit à la surface : en 2025, environ 90 % de la surface de l'océan mondial a connu au moins une canicule marinecanicule marineUne période où l'eau de mer reste anormalement chaude plusieurs jours d'affilée. Les poissons partent, les herbiers meurent, le corail blanchit.. Seulement 18 % ont connu une vague de froid.

Où va l'énergie que la Terre ne parvient plus à évacuer

Le thermomètre que le monde entier commente chaque janvier mesure la dernière barre.

  • 91 %L'océan
  • 5 %Les continents
  • 3 %La glace
  • 1 %L'atmosphère

OMM · État du climat mondial 2025. Les quatre parts sont lues dans le même relevé, et elles s'additionnent à cent.

Les 16 chiffres de ce chapitre
  • A1,43réchauffement moyen du globe en 2025
  • A1,55anomalie de 2024, année record
  • Aonzeles onze années les plus chaudes des archives
  • A1part de l'énergie en excès mesurée à la surface et dans la troposphère
  • A91part de l'énergie en excès absorbée par l'océan
  • A5part absorbée par les continents
  • A3part absorbée par la cryosphère
  • A1part absorbée par l'atmosphère
  • A2 000profondeur d'océan sur laquelle le contenu thermique est mesuré, en mètres
  • Aneuvièmeannées consécutives de record de contenu thermique océanique
  • A3,05énergie absorbée par l'océan, borne basse 1960-2005, en ZJ/an
  • A3,91énergie absorbée par l'océan, borne haute 1960-2005, en ZJ/an
  • A11,0énergie absorbée par l'océan, borne basse 2005-2025, en ZJ/an
  • A12,2énergie absorbée par l'océan, borne haute 2005-2025, en ZJ/an
  • A90part de la surface océanique ayant connu une canicule marine en 2025
  • A18part ayant connu une vague de froid marine

Chapitre 3

Ce degré n'est pas le vôtre

Station de ski sans neige, télésièges à l'arrêt sur des pentes d'herbe sècheImage de synthèse — illustration, non documentaire
Ce que la décennie a déjà retiré50 % d'enneigement en moins au col de Porte, dans les Alpes. La montagne perd sa saison avant de perdre ses glaciers.

Il y a une deuxième raison pour laquelle 1,43 °C ne veut pas dire ce qu'on croit.

C'est une moyenne — et elle moyenne un océan qui absorbe 91 % de l'énergie en excès avec des terres qui n'en absorbent que 5 %.

Or l'eau chauffe lentement. Le même rapport, la même page, la même période de référence :

Anomalie de 2025 par rapport à la moyenne 1991-2020
Sur les terres+0,80 °C
Sur la surface de la mer+0,39 °C

Deux fois plus sur la terre ferme. Ce n'est pas un modèle, c'est un relevé.

Et le GIEC, dans son résumé pour décideurs, l'écrit au futur avec le plus haut degré de certitude de son vocabulaire :

« Il est quasiment certain que la surface des terres continuera de se réchauffer davantage que la surface de l'océan — probablement 1,4 à 1,7 fois plus. »

La France, elle, a mis le chiffre par écrit dans un document ministériel dès mai 2023 :

« un scénario à +3 °C au niveau mondial – soit +4 °C en France métropolitaine, qui se réchauffera plus vite que la moyenne mondiale »

Et Météo-France publie, page 21 de son bilan 2025, un tableau que presque personne ne reprend. Le voici en entier. C'est probablement le document le plus important de cette enquête.

La France, décennie 2016-2025

aujourd'huiavant (1961-1990)
Température+2,2 °C par rapport au préindustriel
Jours de canicule14 par an2 par an — ×7
Jours de vague de froidmoins de 1 par an6 par an
Territoire propice aux feux55 %21 % — ×2,5
Territoire en sécheresse11 %7 % — ×1,5
Neige au col de Porte (1 325 m, Alpes)48 cm97 cm — la moitié
Pluies extrêmes en Méditerranée+11 % d'intensité (1961-2025)
Glacier d'Argentière−14 m d'eau perdus
Glacier d'Ossoue (Pyrénées)−25 m
Mer+0,5 °C Manche-Atlantique · +0,7 °C Méditerranéeentre 1991-2020 et 2016-2025

Mettez les deux premières lignes côte à côte avec le chiffre mondial.

Le monde a relevé 1,43 °C pour une année. La France relève +2,2 °C pour une décennie entière. Les deux se rapportent au préindustriel.

Et c'est la décennie française qui est la plus chaude des deux.

En dix ans, ce pays a gagné douze jours de canicule et perdu cinq de ses six jours de froid.

Les 30 chiffres de ce chapitre
  • A0,80anomalie 2025 sur les terres, référence 1991-2020
  • A0,39anomalie 2025 sur la surface de la mer
  • A1,4rapport terres/océan projeté, borne basse
  • A1,7rapport terres/océan projeté, borne haute
  • A3scénario mondial de la trajectoire française
  • A4réchauffement correspondant en France métropolitaine
  • A2,2réchauffement français, décennie 2016-2025, vs préindustriel
  • A14jours de canicule par an, décennie 2016-2025
  • A2jours de canicule par an, période 1961-1990
  • A7multiplication des jours de canicule, publiée par Météo-France
  • A1jours de vague de froid par an aujourd'hui
  • A6jours de vague de froid par an, 1961-1990
  • A55part du territoire propice aux feux aujourd'hui
  • A21part du territoire propice aux feux, 1961-1990
  • A2,5multiplication du territoire propice aux feux, publiée par Météo-France
  • A11part du territoire en sécheresse aujourd'hui
  • A7part du territoire en sécheresse, 1961-1990
  • A1,5multiplication du territoire en sécheresse, publiée par Météo-France
  • A49perte de neige au col de Porte, en cm
  • A97neige au col de Porte, 1961-1990, en cm
  • A50recul de l'enneigement au col de Porte
  • A1 325altitude du col de Porte, en mètres
  • A11intensification des pluies extrêmes en Méditerranée, 1961-2025
  • A14perte du glacier d'Argentière, en mètres d'équivalent eau
  • A25perte du glacier d'Ossoue, en mètres d'équivalent eau
  • A0,5réchauffement de la mer Manche-Atlantique
  • A0,7réchauffement de la mer en Méditerranée
  • calcul48neige au col de Porte aujourd'hui, en cm
  • calcul12jours de canicule gagnés en une décennie
  • calcul5jours de froid perdus en une décennie

Chapitre 4

Et maintenant, la phrase qui change tout : 2025 était une année fraîche

Météo-France ne se contente plus de dire s'il a fait chaud. Depuis que la France s'est dotée d'une trajectoire officielle d'adaptation, le service compare chaque grandeur de son bilan au climat futur que l'État a décidé de préparer.

Pour 2025 — troisième ou quatrième année la plus chaude depuis le début des mesures en 1900 — cela donne ceci. Verbatim, page 9 :

« La température moyenne annuelle 2025 en France hexagonale et Corse est estimée à environ 14,0 °C. Cette température serait fréquemment dépassée dans une France à +2,7 °C pour laquelle la moyenne attendue est de 14,3 °C. Dans une France à +4 °C, une telle température moyenne serait très peu probable et correspondrait plutôt au niveau des années les plus fraîches dans ce climat (moyenne attendue de 15,6 °C). »

# Notre quatrième année la plus chaude serait, dans la France de 2100, une des plus fraîches.

Rappelons ce que cette année « fraîche » a produit.

Un jour sur deux au-dessus de la normale, contre un sur cinq en dessous. Des records de chaleur dix fois plus nombreux que les records de froid. Une sécheresse des sols sur au moins 30 % du pays de mai à août. 22 jours au-dessus de 35 °C à Perpignan, 23 à Salon-de-Provence, 15 à Cognac — un record pour la Charente.

Et le feu. Plus de 30 000 hectares brûlés, contre une moyenne d'environ 14 000 hectares sur 2006-2021. Un seul incendie, celui de Ribaute dans l'Aude, en a consumé 11 133 à lui seul : plus du tiers des 30 000 hectares que Météo-France retient comme plancher pour l'année entière. 13 journées ont vu au moins un département classé rouge sur la carte Météo des forêts, 81 en orange : record absolu depuis la création du dispositif en 2023.

Voilà une année fraîche.

Et juillet 2026 est venu enfoncer le clou. Le mois le plus chaud jamais mesuré en France — 24,9 °C — n'est pas un mois d'août : c'est un mois de juillet, et il dépasse août 2003. Anomalie +3,8 °C sur la moyenne, +5,2 °C sur les maximales.

Nous sommes en train de vivre, un mois à la fois, le climat que nous appelons « futur ».

Et le +4 °C n'est pas un scénario d'ONG. Le Conseil national de la transition écologique a rendu, le 4 mai 2023, un avis favorable à l'unanimité pour que la France se prépare à ce niveau-là.

Les 23 chiffres de ce chapitre
  • A14,0température moyenne de la France en 2025
  • A1,0anomalie 2025 vs normale 1991-2020
  • A1900début des mesures en France
  • A14,3moyenne attendue dans une France à +2,7 °C
  • A2,7niveau de réchauffement français de référence pour 2050
  • A15,6moyenne attendue dans une France à +4 °C
  • A4niveau de réchauffement français de référence pour 2100
  • A30part du pays en sécheresse des sols de mai à août 2025
  • A35seuil de forte chaleur, en °C
  • A22jours au-dessus de 35 °C à Perpignan en 2025
  • A15jours au-dessus de 35 °C à Cognac
  • A23jours au-dessus de 35 °C à Salon-de-Provence
  • A30 000hectares brûlés en 2025
  • A14 000moyenne des hectares brûlés 2006-2021
  • A11 133hectares brûlés par le seul incendie de Ribaute
  • A13journées avec au moins un département en rouge
  • A81journées avec au moins un département en orange
  • A2023création de la Météo des forêts
  • A1 jour sur 2part des jours au-dessus de la normale en 2025
  • A1 jour sur 5part des jours sous la normale en 2025
  • A10rapport entre records de chaleur et records de froid
  • A4 mai 2023avis favorable unanime du CNTE
  • calcul37,1part de l'année brûlée par le seul incendie de Ribaute, servie comme « plus du tiers »

Chapitre 5

Le feu ne s'aggrave pas. Il déménage.

Incendie dans un massif forestier de plaine, rochers de grès, pompiers et hélicoptère bombardier d'eauImage de synthèse — illustration, non documentaire
Le risque déménageJusqu'à 80 jours de danger très élevé par an en Méditerranée, contre 20 à 40 sur 1976-2005 — et le Bassin parisien hériterait du risque d'aujourd'hui du Midi.

Quand on parle d'incendies en France, on pense au Var, aux Bouches-du-Rhône, à la Corse. On imagine que le problème, c'est que ça va empirer là-bas.

C'est vrai. Et ce n'est pas l'information principale.

Météo-France, sur une France à +4 °C :

« Les régions méditerranéennes seraient particulièrement touchées avec une multiplication par 2 des jours de dangers très élevés, dépassant localement les 80 jours en moyenne par an, contre le plus souvent 20 à 40 jours pendant la période de référence 1976-2005. »

« Dans une France à + 4 °C, certaines régions de la moitié nord (régions de la Loire au Bassin parisien) connaitraient un risque de feu élevé selon des fréquences rencontrées à ce jour sur l'arrière-pays méditerranéen. »

« Dans une France à + 4 °C, dans certaines régions, la saison complète des risques de feux pourrait durer 1 à 2 mois supplémentaires. »

Une projection écrite au conditionnel et citée à l'indicatif n'est plus une projection. C'est une affirmation que la source n'a pas faite — et elle est plus facile à démentir que ce que la source a réellement écrit.

Prenez la deuxième citation au mot près. Météo-France ne dit pas que le Bassin parisien brûlera. Il dit qu'il connaîtrait la fréquence de danger qu'a aujourd'hui l'arrière-pays méditerranéen.

Ce n'est pas une aggravation locale. C'est une translation géographique. Le risque quitte le Midi pour la Beauce — et le Midi le garde en double.

Et puis il y a eu le 12 juillet 2026

Météo-France a écrit cela au printemps 2026.

Le 12 juillet, la forêt de Fontainebleau brûlait.

Le feu est parti le 12 juillet en forêt domaniale des Trois-Pignons, puis le 13 dans le massif de Fontainebleau lui-même. 2 000 hectares atteints en quelques jours, sur un massif de plus de 22 000 — environ un dixième. Quatre réserves biologiques parcourues. Trois communes concernées : Achères-la-Forêt, Le Vaudoué, Noisy-sur-École. Le massif fermé au public jusqu'au 21 août.

Fontainebleau est en Seine-et-Marne. C'est le Bassin parisien. C'est très exactement la zone que Météo-France désignait deux mois plus tôt comme celle qui hériterait, dans une France à +4 °C, du risque de feu qu'a aujourd'hui l'arrière-pays méditerranéen.

La projection avait un horizon. Elle a eu une date.

Nous n'écrivons pas que cet incendie « prouve » le réchauffement — un feu isolé ne démontre rien, et il a fallu une main humaine pour l'allumer : selon le gouvernement, neuf départs de feu sur dix restent d'origine humaine. Ce que nous écrivons est plus précis, et plus dérangeant : le nord de la France est désormais un terrain qui prend feu, et la carte du danger publiée au printemps a été validée par l'été.

Au même moment, dans la Drôme, un éclair tombé le 24 juin allume un feu qui, réactivé le 3 juillet, parcourra plus de 4 200 hectares de forêts domaniales du Diois — dont près de 2 600 hectares de bois. Un arrêté préfectoral du 24 juillet en interdit l'accès.

Le déplacement est déjà commencé : les 15 jours au-dessus de 35 °C relevés à Cognac en 2025 sont un record pour cette station.

Les 10 chiffres de ce chapitre
  • A2facteur de multiplication des jours de danger très élevé en Méditerranée
  • A20jours de danger très élevé en Méditerranée, borne basse de la référence
  • A40jours de danger très élevé en Méditerranée, borne haute de la référence
  • A80jours de danger très élevé dépassés localement en Méditerranée à +4 °C
  • A1976-2005période de référence du danger de feux
  • A4niveau de réchauffement de la projection incendie
  • A1allongement de la saison des feux, borne basse, en mois
  • A2allongement de la saison des feux, borne haute, en mois
  • B21 mai 2026date de publication de la projection incendie
  • calcul52jours entre la projection et l'incendie de Fontainebleau

Chapitre 6

Au nord, le risque agricole n'est pas la sécheresse. C'est la pluie.

Champ de blé jeune noyé sous la pluie, ornières pleines d'eau, ferme et clocher au loinImage de synthèse — illustration, non documentaire
Au nord, le risque n'est pas la sécheresseDes printemps trop humides douze fois plus fréquents dans la moitié nord. Ce n'est pas la sécheresse qui menace le blé.

Demandez à n'importe qui quel est le risque climatique du blé français. On vous répondra : la sécheresse.

Pour la moitié nord du pays, c'est faux.

L'INRAE a publié en février 2026, dans Agricultural and Forest Meteorology, une étude sur les risques climatiques de la production de blé en France jusqu'en 2100. Elle sépare les régions, et le résultat coupe la France en deux :

- Dans le Sud : sécheresses et canicules jusqu'à six fois plus fréquentes. - Dans le Nord : hivers doux suivis de printemps trop humides — jusqu'à douze fois plus fréquents.

Un hiver qui ne gèle plus, puis un printemps qui noie les sols. Les maladies s'installent, les machines ne passent pas, les racines suffoquent. Ce n'est pas le manque d'eau qui menace le blé picard : c'est l'excès, et il arrive douze fois plus souvent.

La moitié d'un pays agricole se prépare au mauvais risque.

Et l'étude ajoute une donnée qu'on lit rarement aussi nettement : dans le scénario compatible avec l'Accord de Paris, le profil de risque agricole français reste globalement celui d'aujourd'hui. Ce n'est pas le réchauffement en soi qui redessine la carte. C'est son ampleur.

Les 2 chiffres de ce chapitre
  • Bsixfréquence des sécheresses et canicules dans le Sud, facteur
  • Bdouzefréquence des printemps trop humides dans le Nord, facteur

Chapitre 7

La forêt française grandit. Et elle étouffe.

Sous-bois de feuillus aux troncs morts et aux branches sèches, litière de bois tombéImage de synthèse — illustration, non documentaire
Elle grandit, et elle étouffe+125 % de mortalité des arbres en dix ans. La surface de la forêt augmente ; ce qu'elle capte diminue.

+90 000 hectares par an. La forêt française n'a jamais été aussi étendue : 17,6 millions d'hectares. On plante, on laisse pousser, les friches se referment. Sur la carte, tout va bien.

L'IGN a regardé l'intérieur des arbres.

Inventaire forestier national, octobre 2025
Mortalité annuelle 2015-202316,7 millions de m³/an
Mortalité annuelle 2005-20137,4 millions de m³/an
Hausse en dix ans+125 %
Arbres altérés193 millions, soit 8 % des 2,3 milliards
Carbone capté par la forêt39 MtCO₂/an — contre 63 il y a dix ans

La forêt gagne 90 000 hectares par an et absorbe 38 % de carbone en moins.

On compte les arbres. Ce qui compte, c'est leur santé.

Et ce n'est pas une exception française. Le bulletin de l'OMM sur les gaz à effet de serre, publié le 16 octobre 2025, contient le fait le plus sous-estimé de l'année climatique :

- Les émissions fossiles mondiales sont restées quasi stables en 2023-2024, à leur niveau record de 10,2 GtC/an. - La concentration de CO₂ a pourtant fait un bond de 3,5 ppmpartie par million (ppm)Combien de molécules d'un gaz sur un million de molécules d'air. Une pincée de sel dans une baignoire, et cette pincée-là retient la chaleur.« la plus forte hausse annuelle jamais enregistrée », devant les 3,3 ppm de 2015-2016. (Le bulletin n° 21 écrit « the modern measurement record » sans millésime ; c'est le rapport OMM n° 1391 qui date ces mesures de 1957.) - L'écart, soit 1,1 ppm supplémentaire, est attribué aux forêts et à l'océan qui absorbent moins.

Pour situer le rythme : la concentration montait de 0,8 ppm par an dans les années 1960. Elle monte de 2,4 ppm par an depuis 2011. Elle a atteint 423,9 ppm en 2024, soit 152 % du niveau de 1750 — un niveau que la Terre n'avait pas connu depuis deux millions d'années. Le méthane est à 266 % de son niveau préindustriel, le protoxyde d'azote à 125 % : des sommets inédits depuis 800 000 ans.

On surveille le robinet. C'est l'évier qui se bouche.

Les 30 chiffres de ce chapitre
  • A193arbres altérés, en millions
  • A2,3arbres inventoriés, en milliards
  • A39carbone capté par la forêt, en MtCO₂/an
  • A63carbone capté dix ans plus tôt, en MtCO₂/an
  • A10,2émissions fossiles mondiales 2023-2024, en GtC/an
  • A3,5hausse de la concentration de CO₂ en 2024, en ppm
  • A3,3hausse annuelle précédente, 2015-2016, en ppm
  • A2,4hausse de 2022 à 2023, en ppm
  • A1957début des mesures modernes, daté par le rapport OMM n° 1391
  • A1,1part attribuée à l'affaiblissement des puits, en ppm/an
  • A0,8rythme de hausse dans les années 1960, en ppm/an
  • A2,4rythme de hausse depuis 2011, en ppm/an
  • A423,9concentration de CO₂ en 2024, en ppm
  • A152part du niveau préindustriel atteinte par le CO₂
  • A1750année de référence préindustrielle
  • Adeux millionsancienneté du dernier niveau comparable de CO₂
  • A266part du niveau préindustriel atteinte par le méthane
  • A125part du niveau préindustriel atteinte par le protoxyde d'azote
  • A800 000ancienneté des sommets de méthane et protoxyde d'azote, en années
  • B·ocr90 000croissance annuelle de la forêt française, en hectares
  • B·ocr17,6surface de la forêt française, en millions d'hectares
  • B·ocr32part du territoire couverte par la forêt
  • B·ocr16,7mortalité annuelle 2015-2023, en millions de m³
  • B·ocr7,4mortalité annuelle 2005-2013, en millions de m³
  • B·ocr125hausse de la mortalité en dix ans
  • B·ocr5part du volume de bois sur pied que représentent les arbres morts
  • B·ocr8part des arbres altérés
  • B·ocr2,4mortalité de l'épicéa commun, en millions de m³/an
  • B·ocr4ralentissement de la production biologique
  • calcul38recul de la capture de carbone

Chapitre 8

À Marseille, la mer monte moins vite qu'ailleurs. Et c'est la mauvaise nouvelle.

Rue en pente d'un port méditerranéen submergée par un torrent d'eau boueuse sous un ciel d'orageImage de synthèse — illustration, non documentaire
La mer monte moins vite. Et c'est la mauvaise nouvelle.15 cm d'élévation projetée à Marseille d'ici 2050 — moins qu'ailleurs, et c'est très exactement la mauvaise nouvelle.

Une note technique de l'ONU et de l'OMM, publiée en août 2024, contient un tableau comparant les grandes villes côtières du G20. Deux villes françaises y figurent. Les voici, avec quelques voisines pour l'échelle.

Élévation observée 1990-2020, puis projetée 2020-2050 dans un scénario à +3 °C en fin de siècle. Données NASA.

1990 → 20202020 → 2050
Moyenne mondiale≈ 10 cm16 cm
Marseille9 cm15 cm
Nice6 cm14 cm
La Nouvelle-Orléans26 cm41 cm
Shanghai17 cm24 cm
Londres16 cm19 cm

Les deux villes françaises sont sous la moyenne mondiale, aux deux horizons.

Ce n'est pas une bonne nouvelle. C'est un déplacement de plus. Sur la façade méditerranéenne, ce qui monte le plus vite n'est pas le niveau de l'eau : c'est sa température — +0,7 °C — et l'intensité des pluies extrêmes, +11 %.

L'eau chaude ne fait pas déborder la mer. Elle fait tomber la pluie ailleurs, plus fort, plus vite. Demandez aux habitants de Marignane, qui ont reçu plus de 630 mm de pluie en 2025 pour une normale de 532,3 mm, ou à ceux de Carpentras, plus de 850 mm pour une normale de 665,5 mm — pendant que Dunkerque et Bastia terminaient l'année autour de 500 mm, soit 25 % et 35 % sous leurs normalesnormale climatiqueLa moyenne d'une grandeur sur trente ans. C'est la règle à laquelle on compare une année — et elle se recalcule tous les dix ans..

Le même pays, la même année : les uns noyés, les autres à sec.

Les 19 chiffres de ce chapitre
  • A10élévation observée 1990-2020, moyenne mondiale, en cm
  • A16élévation projetée 2020-2050, moyenne mondiale, en cm
  • A9Marseille, élévation observée 1990-2020, en cm
  • A15Marseille, élévation projetée 2020-2050, en cm
  • A6Nice, élévation observée 1990-2020, en cm
  • A14Nice, élévation projetée 2020-2050, en cm
  • A26La Nouvelle-Orléans, élévation observée, en cm
  • A41La Nouvelle-Orléans, élévation projetée, en cm
  • A17Shanghai, élévation observée, en cm
  • A24Shanghai, élévation projetée, en cm
  • A16Londres, élévation observée, en cm
  • A19Londres, élévation projetée, en cm
  • A630cumul de pluie à Marignane en 2025, en mm
  • A532,3normale annuelle de Marignane, en mm
  • A850cumul de pluie à Carpentras en 2025, en mm
  • A665,5normale annuelle de Carpentras, en mm
  • A500cumul annuel à Dunkerque et Bastia, en mm
  • A25déficit de Dunkerque
  • A35déficit de Bastia

Chapitre 9

Le territoire français le plus exposé n'est pas une île

Rue d'une ville de Guyane la nuit, air humide sous les lampadaires, habitants sur le pas des portesImage de synthèse — illustration, non documentaire
Le territoire le plus exposé n'est pas une îleEnviron 230 nuits chaudes par an en Guyane à +3,5 °C — contre moins d'une dizaine sur le littoral au passé récent.

Quand on parle du climat en outre-mer, on parle des Antilles et des cyclones.

Le document officiel dit autre chose. Le dossier TRACCtrajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation (TRACC)Le réchauffement que la France a officiellement retenu pour dimensionner ses routes, ses écoles, ses réseaux. Une norme de calcul, pas une prédiction., page 6, décrit un réchauffement moins marqué en outre-mer que dans l'Hexagone — sauf pour un territoire :

scénario +1,5 °C mondialscénario +3 °C mondial
Pacifique Sud, Caraïbes, est de l'océan Indien+0,9 à +1,3 °C+1,9 à +2,6 °C
Guyane+1,7 °C+3,5 °C
France métropolitaine≈ +2 °C≈ +4 °C

+3,5 °C, c'est un chiffre. Voici ce qu'il fait.

Depuis septembre 2025, Météo-France descend ses projections d'outre-mer à l'échelle locale — des mailles de 3 kilomètres de côté, une opération que l'institut qualifie d'inédite pour ces territoires. Ce qu'elles donnent pour la Guyane, au niveau haut de la trajectoire :

Guyanepassé récent (1991-2020)à +3,5 °C
jours chauds (35 °C ou plus)une vingtaine par an, dans les seules communes continentalesenviron 170 par an« presque la moitié de l'année »
nuits chaudes (24 °C ou plus)moins d'une dizaine par an, sur le seul littoralenviron 230 par an« plus de 6 nuits sur 10 »

Ce n'est pas seulement une hausse, c'est un déplacement. Les jours chauds étaient un phénomène de l'intérieur des terres, les nuits chaudes un phénomène de la côte. Les deux se rejoignent : ce sont les communes continentales qui connaîtraient la combinaison des deux.

Et voici la vitesse, dans les termes de l'institut : 2023, deuxième année la plus chaude jamais mesurée en Guyane (+0,7 °C), est une année normale à l'horizon 2030. 2024, la plus chaude (+1,1 °C), le deviendrait bien avant l'horizon 2050.

Le record d'aujourd'hui est la normale d'après-demain. De l'exception, il ne reste rien.

Attention aux origines : +1,7 et +3,5 °C se comptent depuis l'ère préindustrielle ; +0,7 et +1,1 °C se comptent sur la moyenne 1991-2020. Deux références, deux échelles — c'est le sujet du chapitre 3, et il fallait le redire ici.

Ce qui ne veut pas dire que les Antilles sont épargnées : leur risque change simplement de nature.

L'étude conjointe de la Caisse centrale de réassuranceréassuranceL'assurance des assureurs. Quand une catastrophe dépasse ce qu'une compagnie peut payer, c'est le réassureur qui prend la suite. et de Météo-France, Évolution du risque cyclonique en Outre-mer à horizon 2050, chiffre le coût moyen d'un cyclone de catégorie 5 :

coût moyenextrême simulé
Guadeloupe6,8 Md€jusqu'à 19,1 Md€
Martinique4,9 Md€jusqu'à 18 Md€
La Réunion5,2 Md€jusqu'à 21,9 Md€

Total : 16,9 Md€ pour trois événements.

Pour l'échelle : toutes les catastrophes naturelles assurées de France métropolitaine, sur les trente et une années 1989-2019, ont coûté 74,1 Md€.

Trois cyclones moyens pèsent près d'un quart de trente et un ans de catastrophes métropolitaines. La comparaison additionne trois coûts MOYENS et les rapporte à un cumul CONSTATÉ. Elle donne un ordre de grandeur, pas une équivalence : avec les extrêmes simulés de la colonne de droite, elle ferait plus que doubler.

Le temps de retourpériode de retourL'intervalle moyen entre deux événements de cette force. Trente ans ne veut pas dire « pas avant trente ans » : cela peut arriver deux fois de suite. d'un cyclone de catégorie 4 est de 34 ans en Guadeloupe et en Martinique, 23 ans à La Réunionpar une approche historique que l'étude arrête explicitement avant Irma et Maria. Elle projette +20 % de sinistralitésinistralitéCe que les assureurs paient pour réparer, rapporté à ce qu'ils encaissent en cotisations. Quand elle monte, les primes suivent. sur l'Outre-mer en 2050, et pour la submersion marinesubmersion marineLa mer qui entre dans les terres pendant une tempête, par-dessus la digue ou la dune. Ce n'est pas une rivière qui déborde. +14 % pour 10 centimètres d'élévation, +34 % pour 20 centimètres.

Mais le +20 % ne vient pas de cyclones plus forts. Il vient de cyclones plus fréquents et d'une mer plus haute — et c'est là que l'étude devient franche sur ce qu'elle ne sait pas. Les modèles qu'elle interroge pour la fréquence ne s'accordent pas :

évolution de la fréquence des rafales cycloniques, 1980-2005 → 2035-2065
Guadeloupe+17 % à +68 %
Martinique−35 % à +51 %
La Réunion−18 % à +26 %

Deux des trois fourchettes contiennent zéro, et l'une d'elles est majoritairement négative. Deux îles voisines du même bassin, la Guadeloupe et la Martinique, reçoivent des réponses opposées — ce que l'étude relève elle-même pour appeler à la prudence.

Ce n'est pas une faiblesse de l'étude, c'est sa qualité. Un chiffre unique aurait été plus commode et moins vrai. Le +20 % est une moyenne posée sur des modèles qui se contredisent, et l'étude le dit ; ceux qui la citent ne le disent pas.

Rappel du tableau précédent : Marseille est projetée à +15 cm d'ici 2050.

Quartier antillais dévasté après un cyclone, toitures arrachées, rues inondées, poteaux couchésImage de synthèse — illustration, non documentaire
Ce que coûte un seul cyclone6,8 Md€ en moyenne pour un seul cyclone de catégorie 5 en Guadeloupe — jusqu'à 19,1 dans les scénarios extrêmes.
Les 34 chiffres de ce chapitre
  • A0,9Pacifique Sud et Caraïbes à +1,5 °C mondial, borne basse
  • A1,3Pacifique Sud et Caraïbes à +1,5 °C mondial, borne haute
  • A1,9Pacifique Sud et Caraïbes à +3 °C mondial, borne basse
  • A2,6Pacifique Sud et Caraïbes à +3 °C mondial, borne haute
  • A1,7Guyane à +1,5 °C mondial
  • A3,5Guyane à +3 °C mondial
  • A2France métropolitaine en 2030
  • A3maille des projections climatiques outre-mer, en km
  • A6,8dommages d'un cyclone de catégorie 5 en Guadeloupe, en Md€
  • A4,9dommages d'un cyclone de catégorie 5 en Martinique, en Md€
  • A5,2dommages d'un cyclone de catégorie 5 à La Réunion, en Md€
  • A19,1extrême simulé d'un cyclone de catégorie 5 en Guadeloupe, en Md€
  • A18extrême simulé d'un cyclone de catégorie 5 en Martinique, en Md€
  • A21,9extrême simulé d'un cyclone de catégorie 5 à La Réunion, en Md€
  • A34temps de retour d'un cyclone de catégorie 4 aux Antilles, en années
  • A23temps de retour d'un cyclone de catégorie 4 à La Réunion, en années
  • A20sinistralité cyclonique projetée en 2050 sur l'Outre-mer
  • A14sinistralité de submersion pour 10 cm d'élévation
  • A34sinistralité de submersion pour 20 cm d'élévation
  • A17évolution de fréquence CORDEX en Guadeloupe, borne basse
  • A68évolution de fréquence CORDEX en Guadeloupe, borne haute
  • A35évolution de fréquence CORDEX en Martinique, borne basse
  • A51évolution de fréquence CORDEX en Martinique, borne haute
  • A18évolution de fréquence CORDEX à La Réunion, borne basse
  • A26évolution de fréquence CORDEX à La Réunion, borne haute
  • Bune vingtainejours à 35 °C ou plus en Guyane sur 1991-2020
  • B170jours à 35 °C ou plus en Guyane à +3,5 °C
  • Bmoins d'une dizainenuits à 24 °C ou plus en Guyane sur 1991-2020
  • B230nuits à 24 °C ou plus en Guyane à +3,5 °C
  • Bplus de 6 nuits sur 10part de l'année en nuits chaudes, dans les mots de Météo-France
  • Bdeuxièmerang de 2023 parmi les années chaudes de Guyane
  • B0,7anomalie de 2023 en Guyane sur la référence 1991-2020
  • B1,1anomalie de 2024 en Guyane, année la plus chaude
  • calcul16,9total des trois cyclones, en Md€

Chapitre 10

La canicule et le nucléaire : ce n'est pas un parc, ce sont six rivières

Centrale nucléaire au bord d'un fleuve à l'étiage extrême, lit asséché et panneau d'interdiction de navigationImage de synthèse — illustration, non documentaire
Ce ne sont pas dix-huit sites. Ce sont six rivières.90 % des pertes de production se concentrent sur six sites — ceux qui rejettent leur chaleur dans un fleuve.

Chaque été, la même inquiétude : et si la canicule arrêtait les centrales ?

Les chiffres d'EDF disent que ça n'arrive presque pas — et c'est précisément ce qui rend le vrai risque invisible.

Pertes moyennes 2000-20230,3 % de la production annuelle, soit ≈ 1,2 TWh/an
Canicule de 20036 TWh, soit près de 1,4 %
Projection RTE, bilan électrique 2023« pourraient représenter 1,5 % d'ici 2050 »
Concentration90 % des pertes sur six sites — sur dix-huit
20262 TWh perdus dès juin, jamais aussi tôt depuis 2015

Les six sites concernés — Saint-Alban, Tricastin, Bugey, Blayais, Golfech, Chooz — ont un point commun : ils rejettent leur chaleur dans un fleuve. Civaux, refroidie autrement, n'est pas touchée.

Le risque n'est pas dans le parc nucléaire. Il est dans six rivières — et dans le calendrier : en 2026, le seuil de 2 TWh a été franchi dès le mois de juin.

Les chiffres de ce chapitre nous viennent d'une publication de filière relayant EDF et RTE, et non des documents primaires.

Les 10 chiffres de ce chapitre
  • B0,3pertes de production nucléaire dues à la chaleur, 2000-2023
  • B1,2pertes de production nucléaire, en TWh par an
  • B6pertes de la canicule de 2003, en TWh
  • B1,4part de la production perdue en 2003
  • B1,5pertes projetées par RTE à l'horizon 2050
  • B90part des pertes concentrée sur les sites de bord de fleuve
  • Bsixsites concernés par la concentration des pertes
  • Bdix-huitsites du parc nucléaire français
  • B2pertes constatées dès juin 2026, en TWh
  • B2015année depuis laquelle le seuil n'avait pas été franchi si tôt

Chapitre 11

Quinze ans pendant lesquels rien de ce que nous déciderons ne se verra

Voici le tableau le plus cité du rapport du GIEC. Nous l'avons lu dans le document original, page 14. Et presque tout le monde n'en publie qu'une colonne sur trois.

Réchauffement moyen du globe par rapport à 1850-1900, en °C. Meilleure estimation, puis fourchette très probable.

Scénario2021-20402041-20602081-2100
Très basses émissions (SSP1-1.9scénario SSPLes cinq futurs que le GIEC met côte à côte, du plus vertueux au pire. Pas des prévisions : des hypothèses tenues jusqu'au bout.)1,5 (1,2-1,7)1,6 (1,2-2,0)1,4 (1,0-1,8)
Basses émissions (SSP1-2.6)1,5 (1,2-1,8)1,7 (1,3-2,2)1,8 (1,3-2,4)
Intermédiaire (SSP2-4.5)1,5 (1,2-1,8)2,0 (1,6-2,5)2,7 (2,1-3,5)
Hautes émissions (SSP3-7.0)1,5 (1,2-1,8)2,1 (1,7-2,6)3,6 (2,8-4,6)
Très hautes émissions (SSP5-8.5)1,6 (1,3-1,9)2,4 (1,9-3,0)4,4 (3,3-5,7)

Regardez la première colonne. De haut en bas : 1,5 · 1,5 · 1,5 · 1,5 · 1,6.

Le meilleur monde possible et le pire sont indiscernables pendant quinze ans. Puis ils s'écartent de trois degrés entiers.

Rien de ce que nous déciderons d'ici 2040 ne se lira sur le thermomètre d'ici 2040.

C'est vertigineux, et c'est décisif : une politique climatique ne peut pas être pilotée au thermomètre. Ceux qui, en 2035, diront regardez, ça n'a pas empiré, tout ça pour rien auront les chiffres avec eux et se tromperont entièrement.

Deux autres phrases du même rapport, pour situer où nous sommes dans l'histoire de la planète :

« La dernière fois que la température de surface du globe s'est maintenue à 2,5 °C ou plus au-dessus de 1850-1900, c'était il y a plus de trois millions d'années. »

« Chaque demi-degré supplémentaire provoque des augmentations clairement perceptibles de l'intensité et de la fréquence des extrêmes chauds, canicules comprises, et des précipitations intenses. »

Chaque demi-degré. Pas chaque degré. Pas chaque seuil symbolique négocié dans une conférence. Chaque demi-degré, et l'effet est déjà perceptible.

Le tableau que le GIEC publie, et sa première colonne

Cinq trajectoires, du plus vertueux au pire. Sur les vingt premières années, elles donnent presque le même nombre.

Scénario2021-20402041-20602081-2100
SSP1-1.9
1,5
1,6
1,4
SSP1-2.6
1,5
1,7
1,8
SSP2-4.5
1,5
2,0
2,7
SSP3-7.0
1,5
2,1
3,6
SSP5-8.5
1,6
2,4
4,4

La colonne encadrée est la même pour les cinq trajectoires. Quinze ans pendant lesquels rien de ce que nous déciderons ne se verra — et pendant lesquels tout se décide.

GIEC · AR6, résumé pour décideurs, tableau SPM.1. Les quinze valeurs sont lues ligne à ligne dans le tableau du rapport.

Les 19 chiffres de ce chapitre
  • A1,5SSP1-1.9, 2021-2040
  • A1,6SSP1-1.9, 2041-2060
  • A1,4SSP1-1.9, 2081-2100
  • A1,5SSP1-2.6, 2021-2040
  • A1,7SSP1-2.6, 2041-2060
  • A1,8SSP1-2.6, 2081-2100
  • A1,5SSP2-4.5, 2021-2040
  • A2,0SSP2-4.5, 2041-2060
  • A2,7SSP2-4.5, 2081-2100
  • A1,5SSP3-7.0, 2021-2040
  • A2,1SSP3-7.0, 2041-2060
  • A3,6SSP3-7.0, 2081-2100
  • A1,6SSP5-8.5, 2021-2040
  • A2,4SSP5-8.5, 2041-2060
  • A4,4SSP5-8.5, 2081-2100
  • A2,5seuil au-delà duquel il faut remonter à trois millions d'années
  • Atrois millionsancienneté du dernier maintien au-dessus de ce seuil
  • A0,5incrément de réchauffement déjà perceptible
  • calcul3écart entre le meilleur et le pire monde en 2081-2100

Chapitre 12

Ce qui est déjà écrit

Vallée glaciaire alpine réduite à la roche nue, langue de glace résiduelle et torrent de fonteImage de synthèse — illustration, non documentaire
Ce qui est déjà écrit14 mètres d'équivalent eau perdus par le glacier d'Argentière. Rien de ce que nous déciderons ne le rendra.

Certaines choses ne dépendent plus de nous. Elles sont dans l'inertie du système, et elles se mesurent aujourd'hui.

La banquise. En 2025, l'Arctique a connu le maximum hivernal le plus bas jamais observé depuis le début des mesures satellite en 1979 : 14,19 millions de km², les 20 et 21 mars. L'étendue moyenne de l'année, 10,10 millions de km², est inférieure de près d'un million de km² à la moyenne longue durée. Depuis 1979, le minimum annuel recule de 77 000 km² par an. En Antarctique, les quatre dernières années sont les quatre minimums les plus bas jamais enregistrés. Le GIEC, lui, écrit que l'Arctique sera « pratiquement libre de glace vers le milieu du siècle » dans les scénarios intermédiaires et hauts — et, dans le corps de son résumé, qu'il est « probable que l'Arctique soit pratiquement libre de glace de mer en septembre au moins une fois avant 2050, dans les cinq scénarios ».

L'acidité. Le pH de surface de l'océan baisse de 0,017 unité par décennie, mesuré sans interruption depuis 1985. 47 % de l'océan échantillonné s'acidifie plus vite que la moyenne. Les valeurs actuelles sont sans précédent depuis au moins 26 000 ansconclusion du GIEC, citée par l'OMM dans son rapport 2025 ; le chapitre primaire du GIEC n'a pas été lu.

Les glaciers. L'année 2024-2025 figure parmi les cinq pires bilans de masse depuis 1950, sur 155 glaciers de référence suivis dans le monde. Huit des dix pires années depuis 1950 sont postérieures à 2016. En France, le glacier d'Argentière a perdu 14 mètres d'équivalent eauéquivalent eauLa hauteur d'eau qu'on obtiendrait en faisant fondre la glace disparue. Une façon de peser un glacier sans le mesurer au ruban., celui d'Ossoue dans les Pyrénées 25 mètres.

Et l'horizon que personne ne publie. Le GIEC écrit, noir sur blanc, ce que devient la mer sur deux mille ans — parce que la chaleur déjà stockée dans l'océan profond et la fonte des calottes ne s'arrêtent pas avec les émissions :

« Au cours des 2 000 prochaines années, le niveau moyen des mers montera d'environ 2 à 3 mètres si le réchauffement est limité à 1,5 °C, de 2 à 6 mètres s'il est limité à 2 °C, et de 19 à 22 mètres avec 5 °C de réchauffement. »

Et pour situer ces ordres de grandeur dans le passé : le niveau était « probablement 5 à 10 mètres plus haut qu'aujourd'hui il y a environ 125 000 ans ».

Le rapport ajoute enfin, sur son graphique d'horizon 2300, une phrase que nous publions ici, dans le corps du texte, et volontairement pas en titre :

« Une élévation du niveau de la mer supérieure à 15 mètres ne peut pas être exclue avec de fortes émissions. »

C'est une borne d'exclusion, pas une prévision. En faire un titre serait techniquement exact et parfaitement malhonnête. Nous ne le ferons pas. Les fourchettes chiffrées par scénario pour 2300 se lisent sur la courbe et non dans le texte : nous ne les servons pas.

Pour l'horizon qui nous concerne, la mesure suffit : le niveau moyen mondial a monté de 20 cm entre 1901 et 2018, et le rythme a doublé en une génération — 2,65 mm/an sur 1993-2011, 4,75 mm/an sur 2012-2025. Soit environ 11 cm depuis janvier 1993.

Les 32 chiffres de ce chapitre
  • A14,19maximum hivernal arctique 2025, en millions de km²
  • A1979début des mesures satellite
  • A10,10étendue arctique moyenne de 2025, en millions de km²
  • A11,01moyenne longue durée de l'étendue arctique, en millions de km²
  • A77 000recul annuel du minimum arctique, en km²
  • Aquatreminimums antarctiques record consécutifs
  • A2050horizon d'un Arctique libre de glace en septembre
  • A0,017baisse du pH de surface, en unités par décennie
  • A1985début de la mesure continue du pH
  • A47part de l'océan échantillonné s'acidifiant plus vite que la moyenne
  • A26 000ancienneté des valeurs de pH actuelles, en années
  • Acinqrang du bilan glaciaire 2024-2025 depuis 1950
  • A1950début de la série des bilans glaciaires
  • A155glaciers de référence suivis
  • A8pires années glaciaires postérieures à 2016, sur dix
  • A2016année à partir de laquelle huit des dix pires se concentrent
  • A2 000horizon de la projection multimillénaire, en années
  • A2élévation à 2 000 ans si le réchauffement est limité à 1,5 °C, borne basse, en m
  • A3élévation à 2 000 ans si limité à 1,5 °C, borne haute, en m
  • A6élévation à 2 000 ans si limité à 2 °C, borne haute, en m
  • A19élévation à 2 000 ans avec 5 °C, borne basse, en m
  • A22élévation à 2 000 ans avec 5 °C, borne haute, en m
  • A5niveau il y a 125 000 ans, borne basse, en m
  • A10niveau il y a 125 000 ans, borne haute, en m
  • A125 000ancienneté de ce niveau, en années
  • A15borne d'exclusion de l'élévation en 2300, en m
  • A20élévation du niveau moyen mondial 1901-2018, en cm
  • A2,65rythme d'élévation 1993-2011, en mm/an
  • A4,75rythme d'élévation 2012-2025, en mm/an
  • A11élévation depuis janvier 1993, en cm
  • A1993début de la série satellitaire du niveau de la mer
  • calcul0,91écart à la moyenne longue durée, servi comme « près d'un million », en millions de km²

Chapitre 13

La facture

Falaise littorale effondrée, terrasse d'une maison contemporaine suspendue au-dessus du videImage de synthèse — illustration, non documentaire
La facture du littoral450 000 logements exposés au recul du trait de côte à l'horizon 2100 — et 20 % des côtes françaises reculent déjà.

Ce que la France a payé, ce qu'elle paiera, et ce qui a déjà dépassé les prévisions.

Sinistres naturels assurés en France
1989-2019 (constaté)74,1 Md€
2020-2050 (projeté)143 Md€

Trente et un ans contre trente et un ans — l'étude écrit elle-même « les 31 prochaines années ». La facture double presque : la hausse est de 69 Md€, soit +93 % en euros constants.

Et sa composition change complètement :

passé (1989-2019)projeté (2020-2050)croissance
Inondations (y c. submersion)28,8 Md€54 Md€+87 %
Tempêtes31,6 Md€46 Md€+46 %
Sécheresse13,8 Md€43 Md€+215 %

Les trois croissances sont écrites par France Assureurs : « La croissance est sensiblement plus forte pour la sécheresse (+215 %) que pour les inondations et les tempêtes (+87 % et +46 % respectivement). »

La sécheresse passe de 19 % à 30 % de la facture. C'est le seul péril dont la part augmente. Les tempêtes, elles, reculent de 43 % à 32 % du total — alors même que leur montant croît.

Et l'étude se juge elle-même, trois ans après sa publication :

« sur la période 2020-2023, le coût … est déjà supérieur de 18 % à nos projections »

Cette phrase ne figure ni dans l'étude de 2021 ni dans sa synthèse, que nous avons lues intégralement : elle vient d'une publication postérieure du même émetteur.

Une prévision battue par la réalité en trois ans est une information plus importante que la prévision elle-même. Elle ne prouve pas que 143 milliards est un mauvais chiffre. Elle indique de quel côté penche l'erreur.

Le littoral. Le Cerema chiffre, en avril 2024, l'exposition au recul du trait de côtetrait de côteLa ligne où la terre rencontre la mer. Elle se déplace : la falaise s'effondre, la plage recule, et l'abri disparaît. : environ 1 000 bâtiments et 235 M€ dès 2028, 5 200 logements et 1,1 Md€ en 2050, 450 000 logements et 86 Md€ en 2100. Et 20 % des côtes françaises reculent déjà, soit environ 900 km (Cerema, avril 2024 — un décompte antérieur, de 2023, donnait 650 km : deux mesures, pas une évolution).

L'économie tout entière. Le dossier TRACC énonce, pour un réchauffement mondial de +3 °C et en l'absence de mesures d'adaptation, une baisse du produit intérieur brut français comprise entre 6,5 % et 13,1 %.

À l'échelle européenne, il relaie les travaux du programme Peseta IV : les inondations passeraient de 7,8 à 48 Md€ par an, les dommages de sécheresse de 9 à 45 Md€ par an« cette somme serait divisée par deux pour un niveau de réchauffement global de +1,5 °C ». Et 15 millions d'Européens supplémentaires seraient exposés au risque de feu de forêt, contre 5 millions à +1,5 °C.

Trente et un ans contre trente et un ans, péril par péril

La facture double presque. Sa composition, elle, change complètement.

Sécheresse+215 %
1989-2019 · 13,8 Md€2020-2050 · 43 Md€
Inondations+87 %
1989-2019 · 28,8 Md€2020-2050 · 54 Md€
Tempêtes+46 %
1989-2019 · 31,6 Md€2020-2050 · 46 Md€

France Assureurs. Les trois croissances sont écrites par l'émetteur — ce ne sont pas nos rapports.

Les 34 chiffres de ce chapitre
  • A31durée de chacune des deux périodes comparées, en années
  • A74,1sinistres naturels assurés constatés 1989-2019, en Md€
  • A143sinistres naturels assurés projetés 2020-2050, en Md€
  • A28,8inondations constatées 1989-2019, en Md€
  • A54inondations projetées 2020-2050, en Md€
  • A13,8sécheresse constatée 1989-2019, en Md€
  • A43sécheresse projetée 2020-2050, en Md€
  • A215croissance de la facture sécheresse
  • A87croissance de la facture inondations
  • A46croissance de la facture tempêtes
  • Aun millierbâtiments exposés au recul du trait de côte dès 2028
  • A235valeur exposée dès 2028, en M€
  • A5 200logements exposés en 2050
  • A1,1valeur exposée en 2050, en Md€
  • A450 000logements exposés en 2100
  • A86valeur exposée en 2100, en Md€
  • A20part des côtes françaises en recul
  • A900linéaire de côtes en recul, en km
  • A650linéaire de côtes en recul selon le décompte de 2023, en km
  • A6,5baisse du PIB français à +3 °C, borne basse
  • A13,1baisse du PIB français à +3 °C, borne haute
  • A15Européens supplémentaires exposés au feu de forêt, en millions
  • A24hausse de l'exposition européenne au feu de forêt
  • A7,8coût des inondations européennes aujourd'hui, en Md€/an
  • A48coût des inondations européennes à +3 °C, en Md€/an
  • A9dommages de sécheresse européens aujourd'hui, en Md€/an
  • A45dommages de sécheresse européens à +3 °C, en Md€/an
  • A5Européens exposés au feu de forêt à +1,5 °C, en millions
  • B18dépassement des projections constaté sur 2020-2023
  • calcul19part de la sécheresse dans la facture constatée
  • calcul30part de la sécheresse dans la facture projetée
  • calcul43part des tempêtes dans la facture constatée
  • calcul32part des tempêtes dans la facture projetée
  • calcul22,8part des trois cyclones dans trente ans de catastrophes métropolitaines, servie comme « près d'un quart »

Chapitre 14

Le même risque, mesuré deux fois : +93 % et +35 %

Le chapitre 1 s'appuyait sur une étude. Il en existe une seconde, du même objet, par une autre institution et par la méthode inverse. Elle donne un autre nombre — et les deux sont justes.

Rappel de ce que France Assureurs a établi en 2021 : la facture des trente prochaines années augmente de 69 Md€, soit +93 % en euros constants, et l'étude découpe elle-même cette hausse — 53 % d'enrichissement du pays, 35 % de changement climatique, le reste en variabilité naturelle et en effets de répartition. Plus de la moitié de ce que nous paierons en plus n'a rien à voir avec le climat.

Or ce n'est pas le seul organisme en France à avoir fait ce calcul.

La Caisse centrale de réassurance — le réassureur public, celui qui porte le régime des catastrophes naturelles — a publié sa propre étude sous un titre qui annonce exactement le même objet :

« CONSÉQUENCES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR LE COÛT DES CATASTROPHES NATURELLES EN FRANCE À HORIZON 2050 — Septembre 2018 »

Son résultat : +35 %.

Deux chiffres du même pays, du même horizon, du même risque, et ils ne se ressemblent pas. Un lecteur pressé choisit celui qui l'arrange.

Il n'y a pourtant aucun désaccord entre eux. Les deux études ne mesurent pas la même grandeur.

La CCR ne décompose pas après coup. Elle retire la richesse avant de compter.

France Assureurs additionne tout, puis démêle. Le réassureur public fait l'inverse : il neutralise d'abord, et il l'écrit dans la phrase même — à enjeux assurésenjeux assurésTout ce qu'un contrat d'assurance couvre dans un pays : maisons, usines, voitures. La valeur de ce qu'il y a à casser. identiques.

scénario RCP 8.5, horizon 2050, à enjeux assurés identiques
sécheresse+23 %
inondations+38 %
submersions+82 %
les trois périls confondus+35 %

« La perte annuelle pour ces trois périls confondus augmenterait de 35% contre 20% avec le scénario RCPscénario RCPLa génération d'avant les SSP, nommée par la chaleur que l'air finit par retenir. Plus le numéro est haut, plus le futur est sombre. 4.5 utilisé lors de l'étude précédente. »

Le même institut, deux études successives : le seul changement de scénario fait passer le résultat de +20 % à +35 %.

Et la CCR sait exactement ce qu'elle a mis de côté. Page 11 : « les valeurs assurées pourraient alors atteindre 30 000 Md€ en 2050 contre environ 14 000 Md€ aujourd'hui ». Le patrimoine assuré du pays fait plus que doubler. C'est très précisément l'enrichissement que France Assureurs chiffre à 37 Md€ de dégâts supplémentaires — et que la CCR tient constant pour voir le climat seul.

L'une chiffre la facture. L'autre chiffre la cause. Il fallait les deux.

Le piège : le nombre 35 apparaît dans les deux études, et il n'y désigne pas la même chose

- Chez France Assureurs, 35 % est une part — la part du climat dans une hausse de 93 %. - Chez la CCR, 35 % est la hausse elle-même, une fois la richesse retirée.

Et il revient une troisième fois, page 29 de l'étude CCR, dans une phrase qui décompose une hausse encore différente :

« À l'horizon 2050, le coût des catastrophes naturelles augmenterait de 50% avec le scénario RCP 8.5 du fait de l'augmentation de la fréquence et de la sévérité des événements, de l'élévation du niveau de la mer et de la concentration des populations dans les zones à risques. »

« La part de l'aléaaléaLe phénomène lui-même — le vent, la pluie, la sécheresse — pris à part de ce qu'il peut détruire. Le coup de vent, pas la toiture arrachée. est estimée à 35% et celle de la concentration dans les zones à risques à 15%. »

35 et 15 s'additionnent exactement à 50. Ce ne sont donc pas des parts d'un tout, ce sont des points de la hausse : sur les 50 points, 35 viennent de l'aléa lui-même — le même 35 que les trois périls à enjeux constants — et 15 de l'installation des populations en zone à risque.

Le même nombre, deux dénominateurs. Chez France Assureurs, le climat pèse 35 sur 100. Chez la CCR, il pèse 35 sur 50. La différence n'est pas dans le climat : elle est dans ce que chacun a mis au dénominateur.

La sécheresse, où les deux méthodes s'écartent le plus

C'est le péril sur lequel la confrontation apprend le plus — parce que c'est celui où les deux résultats sont les plus éloignés, et dans l'ordre inverse.

sécheresse, horizon 2050
CCR — aléa seul, à enjeux assurés identiques+23 %le plus faible de ses trois périls
CCR — aléa et accroissement des biens assurés+75 %
France Assureurs — croissance de la facture+215 %le plus fort de ses trois périls

Le même péril est le moins sensible au climat et le plus explosif à la facture. Ce n'est pas une contradiction, c'est une définition : la sécheresse abîme les maisons par le retrait-gonflement des argiles — la fissure du chapitre 1 — et ce qu'elle coûte dépend d'abord de ce qui est bâti dessus.

Ces trois nombres ne forment pas une série. Ils viennent de deux études, de deux périmètres et de deux exercices différents : +23 % et +75 % sont des pertes annuelles moyennesperte annuelle moyenneCe qu'un péril coûte en moyenne chaque année sur une longue période. Les années sans dégât et l'année terrible, étalées à parts égales. projetées par la CCR, +215 % est la croissance d'un cumul sur trente ans chez France Assureurs. Ce qui se lit dans leur succession n'est pas une progression mesurée — c'est ce que chaque périmètre ajoute au précédent.

Ce que la confrontation ne permet pas de faire

On ne peut pas moyenner +93 % et +35 %. Le résultat ne mesurerait rien. Les deux études sont séparées de trois ans, partent de bases différentes et ne couvrent pas les mêmes périls : la CCR étudie l'inondation, la submersion et la sécheresse ; France Assureurs y ajoute les tempêtes.

Et c'est justement sur les tempêtes que la confrontation manque. C'est le seul péril que la CCR ne traite pas — et le seul dont France Assureurs écrit que la hausse ne doit presque rien au climat : « provient quasi exclusivement de l'effet richesse ». Le péril sur lequel les deux méthodes divergeraient le plus est celui sur lequel nous n'avons qu'une seule mesure.

Deux mesures indépendantes du même risque ne donnent pas une meilleure moyenne. Elles donnent la possibilité de lire chacune des deux.

Deux institutions, deux méthodes inverses, deux nombres

France Assureurs additionne tout puis démêle ; la CCR retire la richesse avant de compter. Il n'y a aucun désaccord entre elles.

France Assureurs — la facture, tout compris+93 %

le climat, 35 %l'enrichissement et le reste — dont 53 % pour le seul enrichissement

CCR — à enjeux assurés identiques+35 %

la richesse est retirée avant le calcul, pas démêlée après

L'une chiffre la facture. L'autre chiffre la cause.

France Assureurs (2021) · CCR (2018). On ne peut pas moyenner ces deux nombres : ils ne mesurent pas la même grandeur.

Les 12 chiffres de ce chapitre
  • A2018publication de l'étude CCR
  • A23hausse de la sécheresse à enjeux assurés identiques
  • A38hausse des inondations à enjeux assurés identiques
  • A82hausse des submersions à enjeux assurés identiques
  • A35hausse des trois périls à enjeux assurés identiques
  • A20hausse des trois périls dans l'étude CCR précédente, en RCP 4.5
  • A30 000valeurs assurées projetées en 2050, en Md€
  • A14 000valeurs assurées aujourd'hui, en Md€
  • A50hausse du coût des catastrophes naturelles en RCP 8.5
  • A35part de l'aléa dans cette hausse
  • A15part de la concentration en zone à risque dans cette hausse
  • A75hausse de la sécheresse, aléa et biens assurés combinés

Chapitre 15

Ce que la France a déjà signé

On débat de savoir s'il faut « croire » au +4 °C. La question est réglée depuis trois ans : c'est le cadre officiel de l'adaptation française.

Mis en consultation le 23 mai 2023, après un avis favorable unanime du Conseil national de la transition écologique :

« +1,5 °C en 2030, +2 °C en 2050 et +3 °C en 2100 au niveau mondial, soit un niveau de réchauffement en France métropolitaine de environ +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100 par rapport à l'ère préindustrielle. »

Et voici, dans les mots du document, à quoi ressemble le scénario haut :

« jusqu'à deux mois de canicule et 40 à 50 nuits tropicalesnuit tropicaleUne nuit où la température ne redescend pas assez pour que le corps récupère. C'est la nuit, pas le jour, qui rend une canicule dangereuse. — 90 dans les zones les plus exposées — par an »

« plus d'un mois de sécheresse estivale dans la moitié sud et la façade ouest »

« disparition de la quasi-totalité des glaciers français »

« risques importants sur tous les bâtiments, les infrastructures de transport et les réseaux d'énergie, d'eau et de télécommunications »

Ce n'est pas une prophétie. C'est une norme de dimensionnement. Les référentiels techniques, les documents d'urbanisme, les études de vulnérabilité des collectivités : tout cela doit désormais être calibré sur ces chiffres.

Les 7 chiffres de ce chapitre
  • A1,5réchauffement mondial de référence pour 2030
  • A2réchauffement mondial de référence pour 2050
  • A3réchauffement mondial de référence pour 2100
  • A23 mai 2023mise en consultation de la TRACC
  • A40nuits tropicales par an dans le scénario haut, borne basse
  • A50nuits tropicales par an dans le scénario haut, borne haute
  • A90nuits tropicales dans les zones les plus exposées

Épilogue · Où regarder

Huit fois dans cette enquête, le danger n'était pas où le regard se portait.

On redoute la tempête. France Assureurs ne lui attribue aucune colonne « changement climatique » — ses 46 milliards projetés sont le chiffre sans climat — et 72 % du coût climatique français tient dans la fissure d'un mur. On lit le thermomètre. Il mesure 1 % du phénomène ; 91 % est dans l'océan. On cite +1,43 °C. La France est à +2,2 °C, et 2025 y serait une année fraîche dans le climat qu'elle prépare. On surveille le feu dans le Midi. Il déménage vers la Loire et le Bassin parisien. On craint la sécheresse pour l'agriculture du Nord. C'est l'excès d'eau, douze fois plus fréquent. On compte les hectares de forêt : +90 000 par an. On devrait compter le carbone : −38 %. On regarde les émissions. Elles n'ont pas bougé en 2024 — c'est l'absorption qui a lâché. On regarde le Midi quand on parle d'incendie. Cet été, c'est Fontainebleau qui a brûlé.

Le réchauffement n'est pas une menace floue qui plane. C'est un ensemble de déplacements précis, datés, chiffrés — et chacun d'eux se produit à côté de l'endroit que nous surveillons.

Savoir où regarder, c'est déjà de l'adaptation.

À partager · douze chiffres, douze phrases

Chacun est relevé dans un document officiel que nous avons lu intégralement.

  1. 01« Le tableau des tempêtes ne comporte aucune colonne "changement climatique". » Les 46 milliards que France Assureurs projette pour les tempêtes d'ici 2050 sont le chiffre sans climat. 17,2 milliards vont à la sécheresse qui fissure les maisons. (France Assureurs, 2021)
  2. 02« Le réchauffement dont parlent tous les titres, c'est 1 % du problème. Les 91 % sont dans l'océan. » (OMM, 2026)
  3. 03« Le monde a relevé 1,43 °C pour l'année 2025. La France relève +2,2 °C pour sa décennie. » (OMM · Météo-France)
  4. 04« Notre quatrième année la plus chaude serait, dans la France à +4 °C, une des plus fraîches. » (Météo-France, bilan 2025)
  5. 05« En dix ans, la France a gagné douze jours de canicule et perdu cinq de ses six jours de froid. » (Météo-France)
  6. 06« Dans une France à +4 °C, le Bassin parisien connaitrait le risque d'incendie qu'a aujourd'hui l'arrière-pays méditerranéen. » (Météo-France — le conditionnel est celui de la source)
  7. 07« Dans le nord de la France, le risque agricole qui explose n'est pas la sécheresse. C'est l'excès d'eau au printemps — douze fois plus fréquent. » (INRAE, 2026)
  8. 08« La forêt française gagne 90 000 hectares par an et capte 38 % de carbone en moins qu'il y a dix ans. » (IGN, 2025)
  9. 09« En 2024, les émissions fossiles n'ont pas augmenté. La hausse du CO₂ a battu tous les records depuis le début des mesures modernes, en 1957. La différence, ce sont les forêts et l'océan qui absorbent moins. » (OMM, bulletin n° 21 pour le record · OMM n° 1391 pour la date de 1957)
  10. 10« Un cyclone de catégorie 5 sur la Guadeloupe coûterait 6,8 milliards en moyenne, jusqu'à 19,1 dans les scénarios extrêmes. Trente et un ans de catastrophes naturelles en métropole en ont coûté 74,1. » (CCR & Météo-France, février 2020 · France Assureurs, 2021)
  11. 11« Météo-France écrivait que le Bassin parisien connaitrait un jour le risque d'incendie du Midi. Le 12 juillet 2026, la forêt de Fontainebleau brûlait sur 2 000 hectares. » (Météo-France · ONF)
  12. 12« Juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais mesuré en France depuis 1900 — tous mois confondus. Il a battu août 2003. » (Météo-France, bilan de juillet 2026)

Comment nous avons travaillé : La preuve par le texte

Cette enquête s'appuie exclusivement sur l'analyse de documents officiels. Plus de 300 données chiffrées ont été extraites, vérifiées et croisées. Documents primaires analysés : Rapports de l'OMM, bilans de Météo-France, dossier TRACC, GIEC (AR6), France Assureurs, Cerema, IGN, INRAE, CCR. Zéro estimation : Chaque donnée, chaque euro est adossé à son émetteur d'origine et à sa période de référence. Chaque phrase entre guillemets est reproduite à la lettre. Niveau de preuve :* La quasi-totalité provient des fichiers originaux (PDF) des instituts de recherche.

Deux portes se sont fermées devant nous : le site du GIEC a refusé notre accès automatisé, et une publication spécialisée interdit les robots. Nous ne les avons pas contournées. Les documents ont été lus parce qu'un lecteur les a téléchargés lui-même et nous les a transmis. Une enquête dont l'argument central est la traçabilité des sources ne peut pas aller chercher ses sources par une porte dérobée.

Sources primaires — Météo-France, bilan climatique de juillet 2026 et retour sur la vague de chaleur du 4 au 19 juillet 2026 · Office national des forêts, points sur les incendies de Fontainebleau (14 août 2026) et du Diois (28 juillet 2026) · info.gouv.fr, Feux de forêt et canicule : le Gouvernement mobilisé · OMM, State of the Global Climate 2025 (WMO-No. 1391, 2026) · OMM, Greenhouse Gas Bulletin n° 21 (16 octobre 2025) · ONU-OMM, note technique sur l'élévation du niveau de la mer (26 août 2024) · Météo-France, Bilan climatique de l'année 2025 (15 décembre 2025) · Ministère de la Transition écologique, dossier de presse TRACC (mai 2023) · GIEC, AR6 Groupe I, Summary for Policymakers (2021) · France Assureurs, Impact du changement climatique sur l'assurance à l'horizon 2050 (2021) · Cerema, scénarios nationaux de recul du trait de côte (avril 2024) · IGN, Inventaire forestier national (14 octobre 2025) · INRAE, Agricultural and Forest Meteorology (février 2026) · Météo-France, communiqué lutte contre les feux de forêts (sans date imprimée) · Météo-France, projections climatiques pour les outre-mer (6 novembre 2025) · CCR & Météo-France, Évolution du risque cyclonique en Outre-mer à horizon 2050 (février 2020) · CCR, Conséquences du changement climatique sur le coût des catastrophes naturelles en France à horizon 2050 (septembre 2018) · France Assureurs, synthèse de l'étude climat (27 octobre 2021) · Météo-France, bulletins climatiques de juin et de juillet 2026.

Les mots de cette enquête

Chacun est défini dans le texte, à l'endroit où il tombe. Cet index est pour celui qui revient chercher.

anomalie

L'écart à une moyenne de référence, jamais la valeur elle-même. Comme dire « trois degrés de plus que d'habitude » plutôt que « seize degrés ».

normale climatique

La moyenne d'une grandeur sur trente ans. C'est la règle à laquelle on compare une année — et elle se recalcule tous les dix ans.

aléa

Le phénomène lui-même — le vent, la pluie, la sécheresse — pris à part de ce qu'il peut détruire. Le coup de vent, pas la toiture arrachée.

enjeux assurés

Tout ce qu'un contrat d'assurance couvre dans un pays : maisons, usines, voitures. La valeur de ce qu'il y a à casser.

sinistralité

Ce que les assureurs paient pour réparer, rapporté à ce qu'ils encaissent en cotisations. Quand elle monte, les primes suivent.

perte annuelle moyenne

Ce qu'un péril coûte en moyenne chaque année sur une longue période. Les années sans dégât et l'année terrible, étalées à parts égales.

effet richesse

La facture monte parce qu'il y a plus de biens, et plus chers — pas parce que le danger augmente. Une maison neuve coûte plus cher.

période de retour

L'intervalle moyen entre deux événements de cette force. Trente ans ne veut pas dire « pas avant trente ans » : cela peut arriver deux fois de suite.

submersion marine

La mer qui entre dans les terres pendant une tempête, par-dessus la digue ou la dune. Ce n'est pas une rivière qui déborde.

trait de côte

La ligne où la terre rencontre la mer. Elle se déplace : la falaise s'effondre, la plage recule, et l'abri disparaît.

réassurance

L'assurance des assureurs. Quand une catastrophe dépasse ce qu'une compagnie peut payer, c'est le réassureur qui prend la suite.

troposphère

La couche d'air où nous vivons et où se fabrique la météo. Elle s'arrête là où volent les avions de ligne.

zettajoule

Une unité d'énergie démesurée, celle qu'il faut pour peser la chaleur d'un océan entier. Le kilowattheure du compteur électrique est à l'autre bout de l'échelle.

canicule marine

Une période où l'eau de mer reste anormalement chaude plusieurs jours d'affilée. Les poissons partent, les herbiers meurent, le corail blanchit.

équivalent eau

La hauteur d'eau qu'on obtiendrait en faisant fondre la glace disparue. Une façon de peser un glacier sans le mesurer au ruban.

partie par millionppm

Combien de molécules d'un gaz sur un million de molécules d'air. Une pincée de sel dans une baignoire, et cette pincée-là retient la chaleur.

retrait-gonflement des argiles

Le sol argileux gonfle quand il pleut et se rétracte en séchant. La maison posée dessus bouge avec lui, et les murs se fendent.

trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptationTRACC

Le réchauffement que la France a officiellement retenu pour dimensionner ses routes, ses écoles, ses réseaux. Une norme de calcul, pas une prédiction.

scénario SSP

Les cinq futurs que le GIEC met côte à côte, du plus vertueux au pire. Pas des prévisions : des hypothèses tenues jusqu'au bout.

scénario RCP

La génération d'avant les SSP, nommée par la chaleur que l'air finit par retenir. Plus le numéro est haut, plus le futur est sombre.

nuit tropicale

Une nuit où la température ne redescend pas assez pour que le corps récupère. C'est la nuit, pas le jour, qui rend une canicule dangereuse.