Démographie · données officielles, idées reçues incluses

La démographie française, sans le bruit.

Natalité, vieillissement, immigration : trois sujets saturés d'opinions, ici traités uniquement aux chiffres officiels — INSEE, Eurostat, OCDE. Quand la perception s'écarte de la réalité mesurée, on montre les deux. Chaque source est en bas de page.

Population
68,6 M
au 1ᵉʳ janvier 2025 · +0,25 % sur un an
Naissances 2024
663 000
plus bas niveau depuis 1945
Fécondité
1,62
enfant/femme — plus bas depuis 1919
Solde naturel
+17 000
naissances − décès : quasi nul, plus bas depuis 1945

Natalité : au plus bas depuis 1945 — et pourtant n°2 de l'UE

Les deux faits sont vrais en même temps — c'est toute la nuance que le débat public écrase.

Naissances en France (milliers)milliers
689724,4759,7795,1201420162018202020222024

INSEE, état civil — France. Chiffres arrondis au millier.

663 000 bébés sont nés en France en 2024 : c'est 21,5 % de moins qu'en 2010, dernier pic, et le niveau le plus bas observé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La fécondité (1,62 enfant par femme) n'avait jamais été aussi basse depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Avec 646 000 décès, le solde naturel (+17 000) est quasiment nul.

Et pourtant, la France reste l'un des pays les plus féconds d'Europe : 1,66 en 2023, soit le 2ᵉ rang de l'Union européenne (derrière la Bulgarie, 1,81), loin au-dessus de la moyenne UE (1,38). Le déclin est général en Europe — la France y résiste mieux que presque tous ses voisins, tout en battant ses propres records à la baisse.

Vieillissement : de 21 % à 29 % de 65 ans et plus

Les générations nombreuses du baby-boom (1946-1974) arrivent aux grands âges pendant que la base de la pyramide se rétrécit.

Part des 65 ans et plus dans la population%
Aujourd'hui (2026)21
Projection 2070 (INSEE, scénario central)29

INSEE, projections de population à l'horizon 2070.

Plus d'un habitant sur cinq a déjà 65 ans ou plus ; ce sera près de trois sur dix en 2070. Ce basculement n'est pas une hypothèse, c'est de l'arithmétique : les générations du baby-boom sont nées, la base de la pyramide se rétrécit d'année en année (voir la natalité ci-dessus).

La conséquence budgétaire est déjà là : les retraites représentent 442 Md€, un euro public sur quatre — et de moins en moins d'actifs cotisent pour chaque retraité.

Le chiffre : un euro public sur quatre part en retraites
442 Md€ — plus que santé, école et défense… le poids du vieillissement en une carte.

Immigration : ce que l'on croit, ce que l'on mesure

Le sujet le plus inflammable du débat public est aussi celui où l'écart entre perception et mesure est le plus documenté. Voici les deux, côte à côte.

Part des immigrés dans la population : perception vs réalité% de la population
Réalité mesurée (INSEE, 2024)11,3
Seuil « plus d'un quart » — ce que pensent 35 % des Français25
Seuil « plus de la moitié » — ce que pensent 10 % des Français50

Réalité : Insee Première n°2076 (1ᵉʳ janv. 2024). Perception : enquête Crédoc pour Terra Nova, mars 2025 (2 000 personnes).

La mesure d'abord, avec les définitions : au 1ᵉʳ janvier 2024, la France compte 7,7 millions d'immigrés — personnes nées étrangères à l'étranger — soit 11,3 % de la population. Les personnes de nationalité étrangère sont moins nombreuses (6 M, 8,8 %), un tiers des immigrés ayant acquis la nationalité française.

La perception ensuite : 73 % des Français surestiment cette part. Plus d'un tiers (35 %) la croit supérieure à 25 % — plus du double de la réalité — et un sur dix (10 %) pense que plus d'un habitant sur deux est immigré, cinq fois la mesure.

En comparaison internationale, la France est un pays d'immigration moyen : 15ᵉ de l'OCDE pour la part des personnes nées à l'étranger (~12 %, contre 11,5 % en moyenne OCDE) — loin des pays où plus d'un habitant sur quatre est né à l'étranger (Suisse) ou un sur deux (Luxembourg). Sur le plan économique, les travaux de l'OCDE concluent que la contribution fiscale nette des immigrés oscille selon les pays et les années entre légèrement positive et légèrement négative — proche de zéro, loin des récits d'un « coût massif » comme d'un « apport miraculeux ».

Nous ne prenons pas position sur la politique migratoire : nous documentons les définitions, les ordres de grandeur mesurés et l'écart de perception — chacun en tire ses conclusions.