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L'AME, ce que disent vraiment les chiffresGrande Enquête
Enquête · Santé & dépense publique

L'AME, ce que disent vraiment les chiffres

Aucun dispositif de santé ne déclenche autant de passions pour aussi peu de milliards. Avant de trancher, on met à l'échelle : combien de personnes, pour combien d'euros, à quelles conditions, pour quels soins — et quel poids réel dans le budget de la santé.

22 juillet 2026 8 min de lectureEnquête chiffrée

L'aide médicale de l'État (AME) revient à chaque budget comme un totem : symbole d'une générosité dévoyée pour les uns, d'une solidarité minimale pour les autres. Entre les deux, il y a des chiffres — publics, documentés, rarement cités ensemble. Ce dossier ne prend pas parti sur l'immigration ni sur l'opportunité du dispositif : il fait une seule chose, la mise à l'échelle. Il place le coût de l'AME (1,1 milliard d'euros) à côté de la dépense de santé du pays (333 milliards), sa dynamique (une hausse réelle) à côté de son poids (marginal), et sa géographie (très concentrée) à côté de ses conditions (parmi les plus encadrées d'Europe). Les sources sont institutionnelles : rapport du Sénat, comptes de la Sécurité sociale, comptes de la santé de la DREES.

La thèse

L'AME est un objet politique démesuré par rapport à son poids budgétaire. Elle coûte 1,1 milliard d'euros (droit commun, 2024) — soit environ 0,3 % des 333 milliards que la France consacre chaque année à la santé, l'équivalent d'à peine 3,3 € sur 1 000 € de dépense de santé. Le débat public lui accorde une place sans commune mesure avec son empreinte financière.

La contre-enquête

Marginal ne veut pas dire immobile. Le coût total de l'AME a augmenté de 67,6 % en dix ans, et de 15,5 % sur la seule dernière année ; le nombre de bénéficiaires a doublé depuis 2011. Cette dynamique est réelle, portée avant tout par la hausse du nombre de bénéficiaires, et elle nourrit un débat légitime sur le périmètre du panier de soins, le contrôle des droits et la maîtrise de la dépense — un débat que deux décrets de février 2026 ont d'ailleurs traduit en resserrant les conditions d'accès. La France reste par ailleurs, sur ce point, plus généreuse que la plupart de ses voisins européens.

Le scoop de l'enquête
Sur 1 000 € dépensés pour la santé en France, l'AME en représente environ 3,3 €

L'AME de droit commun pèse 1,1 Md€ ; la France dépense 333 Md€ par an pour sa santé. Le rapport est d'environ 0,3 % — soit à peu près 3,3 € pour 1 000 € de soins. C'est le fait le plus têtu du dossier : un dispositif qui occupe une part majeure du débat pour une part infime du budget de la santé.

I

La mise à l'échelle

Un milliard, c'est beaucoup — sauf quand on le pose à côté de 333 milliards.

Le premier réflexe, face à l'AME, est de citer un montant : « plus d'un milliard d'euros ». Le chiffre est exact. Mais un chiffre isolé ne dit rien ; il ne prend un sens qu'une fois rapporté à quelque chose. Rapportons-le donc au seul étalon pertinent : la dépense de santé du pays.

En 2024, l'AME de droit commun a coûté 1,1 milliard d'euros (1,4 Md€ si l'on ajoute les soins urgents et l'aide humanitaire). La même année, la France a consacré à sa santé 333 milliards d'euros — 11,4 % de son produit intérieur brut. Le rapport entre les deux est d'environ 0,3 %.

L'AME, c'est 0,3 % de la dépense de santé française : 465 744 bénéficiaires, 1,1 Md€, soit ~3,3 € sur 1 000 € de soins.

À partager
L'AME en trois chiffres (2024)
Bénéficiaires (droit commun)
465 744
au 30 septembre 2024 — soit environ 0,7 % de la population
Coût (AME de droit commun)
1,1 Md€
1,4 Md€ toutes AME confondues
Part de la dépense de santé
0,3 %
1,1 Md€ rapportés aux 333 Md€ dépensés pour la santé en France

« 3,3 € pour 1 000 € de dépense de santé : voilà le poids réel de l'AME dans l'effort de soin national. »

En clair · AME, CSS, PUMa : ne pas confondre

L'AME s'adresse aux personnes étrangères en situation irrégulière résidant en France depuis plus de trois mois. Elle est distincte de la Complémentaire santé solidaire (CSS), réservée aux résidents en situation régulière à faibles ressources, et de la Protection universelle maladie (PUMa), qui couvre l'ensemble des personnes travaillant ou résidant régulièrement en France. Confondre les trois, c'est additionner des publics qui ne se recouvrent pas.

Ce dossier ne dit pas que ce milliard est négligeable pour les finances publiques — tout milliard compte. Il dit que, dans l'univers de la dépense de santé, l'AME est un poste minuscule. Le reste de l'enquête montre ce qu'il y a derrière ce poste : qui, pour quels soins, et où.

II

Qui, combien, à quelles conditions

Un demi-million de personnes, un plafond de ressources bas, trois mois de résidence exigés.

Au 30 septembre 2024, l'AME de droit commun comptait 465 744 bénéficiaires — de l'ordre de 0,7 % de la population vivant en France. Ce n'est pas un guichet ouvert : l'accès est conditionné.

3 mois
de résidence exigés
présence stable et ininterrompue en France
9 420 €
plafond de ressources annuel
personne seule, 2025 (plafond CSS)
2 396 €
dépense moyenne par bénéficiaire
par an, 2023

Pour ouvrir des droits, il faut résider en France depuis plus de trois mois, être en situation irrégulière, et disposer de ressources inférieures au plafond de la Complémentaire santé solidaire — 9 420 € par an pour une personne seule en 2025. La dépense moyenne par bénéficiaire s'établit à 2 396 € par an (2023), un ordre de grandeur proche de la dépense de santé moyenne d'un assuré du régime général.

L'idée-clé
Une hausse portée par le nombre, pas par la dépense individuelle

Le nombre de bénéficiaires a augmenté de 39,0 % entre 2015 et 2023, et de 26,3 % entre 2020 et 2024 ; il a doublé depuis 2011. C'est cette progression du nombre de personnes couvertes — non une explosion du coût par tête — qui explique l'essentiel de la hausse de la dépense.

Deux décrets publiés en février 2026 ont resserré les conditions administratives : présentation obligatoire d'un document d'identité avec photo, justificatifs de résidence renforcés. Ils illustrent que le périmètre du dispositif est un objet de décision politique mouvant — et que la maîtrise passe d'abord par les conditions d'entrée.

III

À quoi sert l'argent

Six euros sur dix partent à l'hôpital. Ce n'est pas un détail comptable : c'est la logique du dispositif.

La répartition de la dépense d'AME est très déséquilibrée vers l'hôpital. 60,8 % des dépenses sont des prestations hospitalières ; 26,5 % vont aux soins de ville (médecins, examens) et seulement 12,7 % aux produits de santé (médicaments, dispositifs).

Où va l'argent de l'AME ? 60,8 % à l'hôpital, 26,5 % en soins de ville, et seulement 12,7 % en médicaments.

À partager
Où va l'argent de l'AME — répartition des dépenses (%)%
Hôpital60,8 %
Soins de ville26,5 %
Produits de santé12,7 %

Part de chaque poste dans la dépense d'AME de droit commun (2023). Source : rapport Sénat n° 841 (2024-2025) / Commission des comptes de la Sécurité sociale 2025.

Structure des dépenses de l'AME de droit commun (2023). L'hôpital domine largement. Source : rapport Sénat n° 841 (2024-2025) / CCSS 2025.

Cette structure éclaire un argument souvent avancé par les acteurs de santé publique : une part importante de la dépense correspond à des soins tardifs, pris en charge à l'hôpital ou aux urgences, faute d'avoir été traités plus tôt en ville. Renoncer à soigner en amont ne fait pas disparaître le besoin — il le déplace vers l'aval, plus lourd et plus coûteux, et vers des risques sanitaires collectifs (maladies transmissibles non traitées).

Méthode
Ce que ces parts disent — et ne disent pas

La prépondérance de l'hôpital est un fait comptable ; l'interprétation « soigner tard coûte plus cher que soigner tôt » est un argument de santé publique, étayé mais non démontré par ces seuls chiffres. À l'inverse, la faible part des médicaments (12,7 %) contredit l'image d'un dispositif tourné vers la consommation pharmaceutique. On expose les deux lectures ; on ne tranche pas.

IV

Une géographie très concentrée

L'AME n'est pas répartie sur le territoire : elle se concentre là où vivent ses bénéficiaires.

La carte de l'AME épouse celle de la précarité urbaine et des points d'entrée migratoires. L'Île-de-France concentre à elle seule environ 40 % des bénéficiaires. Paris (13,6 %) et la Seine-Saint-Denis (12,7 %) en rassemblent le quart. Hors métropole, la Guyane pèse un poids sans commune mesure avec sa population (8,3 %).

L'Île-de-France concentre ≈ 40 % des bénéficiaires de l'AME ; Paris et la Seine-Saint-Denis, un quart à eux deux.

À partager
Où vivent les bénéficiaires — part par département (%)%
Paris13,6 %
Seine-Saint-Denis12,7 %
Guyane8,3 %
Bouches-du-Rhône4,7 %
Essonne4,2 %
Rhône3,6 %

Part des bénéficiaires de l'AME par département (2024). L'Île-de-France en concentre environ 40 %. Source : rapport Sénat n° 841 (2024-2025).

Part des bénéficiaires de l'AME par département (2024). Une poignée de territoires en concentre l'essentiel. Source : rapport Sénat n° 841 (2024-2025).

Cette concentration a une conséquence directe : la charge de l'AME — financière pour l'État, organisationnelle pour les hôpitaux — pèse sur un petit nombre de territoires. Un débat national sur un dispositif dont la réalité est, pour l'essentiel, locale et hospitalière.

L'AME de droit commun ne s'applique pas à Mayotte, qui relève d'un régime spécifique. Les parts départementales sont issues des données de gestion citées par le rapport du Sénat ; elles décrivent des lieux de résidence des bénéficiaires, non des flux.

V

Le vrai débat, une fois les chiffres posés

Marginal en poids, réel en dynamique, singulier en Europe : trois faits, et un choix de société.

Une fois la mise à l'échelle faite, le débat sur l'AME se clarifie. Il ne porte pas, honnêtement, sur l'équilibre des finances de la santé : à 0,3 % de la dépense, l'AME n'en est pas le levier. Il porte sur trois autres questions, légitimes et distinctes.

  1. 1La dynamique. Le coût progresse (+67,6 % en dix ans), tiré par le nombre de bénéficiaires. Faut-il agir sur les conditions d'entrée, le panier de soins, ou laisser la couverture suivre le besoin ? C'est un arbitrage, pas une évidence.
  2. 2La singularité française. La France offre, avec l'AME, une couverture plus large que la plupart des pays européens, souvent limités aux soins urgents. Est-ce une générosité à préserver ou un alignement à opérer ? Le débat est ouvert, et politique.
  3. 3La santé publique. Soigner tôt et suivre les personnes présentes sur le territoire a une valeur sanitaire collective (dépistage, maladies transmissibles, urgences évitées). Cette valeur ne se lit pas dans le seul coût budgétaire.

« Le chiffre ne tranche pas le débat. Il en fixe le cadre : petit poste budgétaire, vraie question de société. »

C'est là que s'arrête l'enquête. Notre rôle n'est pas de dire s'il faut élargir, maintenir ou restreindre l'AME — c'est un choix démocratique. Il est de garantir que ce choix se fasse sur des chiffres justes, à la bonne échelle, plutôt que sur des ordres de grandeur fantasmés. 1,1 milliard d'euros, un demi-million de personnes, 0,3 % de la dépense de santé, une géographie concentrée : voilà les faits. Le reste est affaire de valeurs.

Pour tout comprendre

Les mots de l'enquête

AME (aide médicale de l'État)
Dispositif qui prend en charge les soins des personnes étrangères en situation irrégulière résidant en France depuis plus de trois mois, sous condition de ressources. Financé par le budget de l'État (mission « Santé »), non par l'Assurance maladie.
AME de droit commun
La composante principale de l'AME (l'écrasante majorité des bénéficiaires et des dépenses), distincte des « soins urgents » et de l'« AME humanitaire », plus marginales.
Dépense courante de santé (DCSi)
L'agrégat le plus large des comptes de la santé de la DREES : tout ce que la nation dépense pour la santé (soins, prévention, gouvernance…). 333 Md€ en 2024, soit 11,4 % du PIB.
Plafond CSS
Le plafond de ressources de la Complémentaire santé solidaire, qui sert aussi de seuil d'éligibilité à l'AME : environ 9 420 € par an pour une personne seule en 2025.
Reste à charge
La part payée directement par le patient. Les bénéficiaires de l'AME sont pris en charge à 100 % dans la limite du panier de soins couvert, sans avance de frais.
La méthode

La triangulation des données

Chaque affirmation de cette enquête est recoupée sur trois plans : notre donnée interne, une étude externe indépendante, et la littérature académique de cadrage. Rien ne repose sur une source unique.

La questionNotre donnéeL'étude externeLa référence académique
Combien coûte réellement l'AME, et quel poids représente-t-elle ?Nous rapportons le coût de l'AME de droit commun à la dépense courante de santé — un ratio transparent, présenté comme tel.Sénat (rapport n° 841, 2024-2025) : 1,1 Md€ d'AME de droit commun en 2024 ; DREES (Comptes de la santé 2024) : 333 Md€ de dépense courante de santé.Comptes de la santé (DREES) et lois de finances (mission « Santé ») — méthodologie publique et annuelle.
La dépense d'AME explose-t-elle ?Nous distinguons la hausse du coût total de la hausse du nombre de bénéficiaires, pour isoler le moteur réel.Sénat : coût total +67,6 % en dix ans ; bénéficiaires +39,0 % (2015-2023) et ×2 depuis 2011. La dépense par bénéficiaire, elle, est stable.Commission des comptes de la Sécurité sociale (rapports annuels) — suivi de l'exécution.
Où et pour quels soins l'argent est-il dépensé ?Nous exposons la structure (hôpital / ville / produits) et la concentration géographique, sans les interpréter au-delà des chiffres.Sénat / CCSS : 60,8 % de dépenses hospitalières ; Île-de-France ≈ 40 % des bénéficiaires, forte présence de la Guyane.Données de gestion de l'Assurance maladie citées par les rapports institutionnels.

Les garde-fous de l'enquête

  • Enquête budgétaire et de santé publique : elle ne prend position ni sur l'immigration, ni sur l'opportunité politique du dispositif. Elle met des chiffres publics à l'échelle.
  • Tous les montants et parts sont des données publiques attribuées à leur source (rapport du Sénat n° 841 2024-2025, Commission des comptes de la Sécurité sociale 2025, Comptes de la santé DREES 2024). Aucune projection ni estimation maison.
  • Le seul calcul dérivé est le ratio « AME de droit commun ÷ dépense courante de santé », arrondi prudemment et présenté explicitement comme un rapport d'ordres de grandeur.
  • Les périmètres diffèrent selon les agrégats (AME de droit commun vs toutes AME ; DCSi vs CSBM vs ONDAM) : nous précisons à chaque fois lequel est utilisé pour éviter les comparaisons trompeuses.
  • Les chiffres évoluent chaque année et le cadre réglementaire a été modifié en 2026 : les valeurs citées correspondent aux dernières données consolidées disponibles (exécution 2024, effectifs au 30 septembre 2024).
  • Ceci n'est pas un avis médical ni un guide d'accès aux droits ; pour une démarche individuelle, seuls les organismes officiels (ameli.fr, CPAM) font foi.

Les sources

Refaites les calculs de l'enquête

Faites tourner l'enquête

« Sur 1 000 € dépensés pour la santé en France, l'AME en représente environ 3,3 € »

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Enquête produite par la rédaction FranceMetrics à partir de données publiques et de moteurs de calcul ouverts. Les chiffres cités sont reproductibles avec nos simulateurs. Contenu informatif — ni conseil en investissement, ni recommandation personnalisée.

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